L'accent acadien de Grand Dérangement

Les musiciens de Nouvelle-Écosse débarquent dimanche au Glenmor, dans un style mêlant musique celtique, mélopées pop-rock et chansons acadiennes.

Ils sont nord-américains, canadiens et francophones, et leur histoire a commencé à Baie Sainte-Marie en Nouvelle Écosse. «Briand Melanson et moi, on se connaît depuis notre jeunesse. Nous avons joué dans plusieurs groupes ensemble», confie Daniel Leblanc, violoniste du Grand Dérangement et cofondateur du groupe avec son ami batteur et chanteur. «Il y a 9 ans, nous avons fait un spectacle de lancement avec des danseuses et des comédiens en Nouvelle-Écosse. C’est de là que nous avons commencé.»

Une nouvelle façon de mettre en musique la culture de ce petit peuple francophone, installé dans une province canadienne marquée par l’Histoire. «Le Grand Dérangement ? C’est le nom donné à la déportation des Acadiens par les Anglais en 1755», rappelle-t-il, à propos du nom donné à leur groupe de musiciens et à une chanson de leur répertoire évoquant ces événements tragiques. «Y a jamais eu de Grand Dérangement y fait référence. C’est une chanson d’espoir et de renouveau de la culture acadienne.»

Un réveil de la culture acadienne entamé dans les années 70 par leurs illustres prédécesseurs de 1755, et poursuivi aujourd’hui avec de grandes ambitions artistiques par Grand Dérangement. Une formation déjà entendue chez nous sur la scène des Francofolies de La Rochelle et du festival Interceltique de Lorient. «Nous jouons une fusion de musique traditionnelle acadienne avec des sons modernes, du rock, et de la musique celtique et louisianaise», explique Daniel Leblanc, à propos d’un style ayant séduit jusqu’aux initiateurs du 3e congrès mondial acadien, organisé en Nouvelle-Ecosse à l’été 2004.


Les musiciens acadiens de Grand Dérangement vont chanter et danser sur le violon, au cours d’un concert unique produit par Coop-Breizh à l'espace Glenmor.


«Notre pièce Je reviens au berceau de l’Acadie, a été choisie comme chanson officielle de ce dernier congrès.» Un berceau de l’Acadie célébré sur Plane un aigle, le dernier album du groupe paru en novembre 2005.

Peuples autochtones

Une occasion de rappeler également les liens unissant les Acadiens avec les peuples autochtones de cette partie du Canada. «On parle trop peu souvent de l’amitié qui a existé entre la nation amérindienne Mikmaq et le peuple acadien pendant les 17e et 18e siècles. Sans cette entente, il est fort probable que les Acadiens auraient succombé aux misères de leur passé. Plane un aigle est une façon de leur rendre hommage.»

Pour autant, les musiciens de Grand Dérangement mettent-ils seulement leurs pas dans ceux de leurs ancêtres ? «C’est sûr que nous chantons à propos de nos pays. Mais il y a d’autres thèmes plus


universels sur l’identité culturelle, la tolérance et les problèmes d’environnement.» À l'espace Glenmor, avec leur spectacle mêlant violon électrique et danses à claquettes inspirées de la jig celtique traditionnelle, les sept musiciens de Grand Dérangement n’oublieront pas non plus d’inviter l’énergie rock, et surtout la musique. «C’est ça que j’ai été mis sur la Terre pour faire. A vie», s’exclame Daniel Leblanc avec la pointe d’accent acadienne.

Jean-Pierre Bénard

  • Papier d'annonce du concert de Grand Dérangement, donné à l'espace Glenmor, à Carhaix (Finistère), le dimanche 15 octobre 2006.