La Bretagne des marins pêcheurs au Grand bleu

La Cinémathèque de Bretagne a présenté à Carhaix une sélection de 3 films de cinéma documentaire sur le littoral breton, à l’occasion de son 20e anniversaire.


On est au sortir de la guerre et au début des années cinquante. «Dans une Bretagne célébrant des lendemains qui chantent au cinéma», explique Claude Arnal, à propos des 3 films documentaires présentés au cinéma le Grand bleu. «Au moment du tout numérique, notre problème était de trouver des films qui puissent être projetés en salle de cinéma, afin de privilégier la qualité propre au support cinématographique», précise l’organisateur du programme Aventures humaines, mis sur pieds à l’occasion du 20e anniversaire de la cinémathèque de Bretagne.

Au total, 3 œuvres cinématographiques en noir et blanc de 20 minutes chacunes tournées en 35 mm entre 1948 et 1952. Goémons, le premier film de cette sélection a remporté le Grand prix du documentaire au festival de Venise. «Dû à Yannick Bellon, il fut tourné à une époque où elle commençait à vivre de son art. Le thème ? Elle a choisi de montrer les goémoniers travaillant sur l’île de Béniguet. Le sort le moins envieux réservé alors aux jeunes du littoral qui n’avaient pas pu devenir pêcheur ou même curé.»

Du breton sous-titré

Avec Loguivy-de-la-Mer, le film réalisé en 1952 par Pierre Gout, on passe de la mer d’Iroise aux côtes de la Manche. Là où les pêcheurs s’embarquaient pour Terre-Neuve. «Pierre Gout était un producteur très connu dans ces années-là, et aussi l’assistant de Marcel Carné. Il s’était attaché à ce lieu bien avant la fameuse chanson de Louis Capart», indique Claude


Loguivy-de-la-Mer, le film de Pierre Gout, montre une remarquable série de portraits de costarmoricains des années cinquante, parlant la langue bretonne sous-titrée en français. (Image : Georges Delaunay)


Arnal à propos de ce documentaire mâtiné d’une histoire d’amour, imaginée sur fond de gens en lutte pour ne pas quitter leur terre. «C’était dans une grande période de migration bretonne. Et ça nous a intéressé de voir les pêcheurs de Loguivy choisissant dans le même temps, de changer leurs méthodes de pêche pour que leur village ne meure pas.» Un 2e film également remarquable par la présence de la langue bretonne. «C'est un des premiers films intégrant du breton sous-titré en français, et c’est extrêmement fort.»

Enfin, Mon ami Pierre, de Paula Neurisse et Louis Félix, film bâti à partir d’une chanson, conte l’âpreté du quotidien d’un chalutier bigouden basé à Concarneau. «Premier prix ex-aequo du court-métrage à Venise, c’est une sorte d’ode à


la dureté du métier de la pêche.» Le petit bonus de la soirée est allé droit au cœur des carhaisiens nostalgiques de la célébrissime Fête des fleurs des années soixante. «Avec quelques images de Carhaix de cette époque-là, dans lesquelles les gens ont pu se reconnaître et revoir le char qu’ils avaient fait.»

Jean-Pierre Bénard

Chronique de la soirée organisée par la Cinémathèque de Bretagne au cinéma Grand bleu de Carhaix (Finistère), le jeudi 23 novembre 2006.

Espace

Le temps révolu des Terre-Neuvas et des maquignons

Jeudi au Grand Bleu, la cinémathèque de Bretagne a présenté 3 magnifiques films documentaires sur les gens de mer. Avec Glenmor en bonus émouvant.


«On nous prend souvent pour un diffuseur d'images d'amateurs. Là, vous allez voir de vrais films de cinéma, tournés en 35 mm par des réalisateurs professionnels» explique d'entrée de jeu Claude Arnal, l'organisateur du programme Aventures humaines, avant de lancer la première image de Goémons, le film de Yannick Bellon tourné en 1948 sur l'ile de Béniguet. «Une terre très belle et très dure. Une terre méchante aux hommes. Ils en vivent, ils en meurent», énonce avec gravité la voix de l'acteur Michel Vitold, sur des images de ressac mêlées d'algues et de galets. Sur la grève, des hommes durs à la peine ramassent en noir et blanc du goémon par charretées entières.

«Ils reviennent encore à l'heure des marées, respirant le parfum du vent qui les appelle. Mais il est révolu, le temps des Terre-Neuvas», écrivait François Budet à propos du petit port de Loguivy. Egalement inspiré par le lieu, Pierre Gout, à l'époque assistant de Marcel Carné, a réalisé en 1952 Loguivy-de-la-Mer, le 2e film de la soirée. Dans l'oeil de François Riou, vieux loup de mer bientôt retraité, on y voit les Sloups langoustiers de Loguivy faire place aux navires motorisés. Et le marin de regarder Le Tourmentin s'arracher de la côte, filant désormais sans aucune voile à 25 miles au large pour des pêches autrement miraculeuses.


Goémons, de Yannick Bellon, est l'un des 3 films documentaires présentés par la Cinémathèque de Bretagne et restaurés par les Archives françaises du film de Bois d'Arcy. (Photographie : André Dumaître)


Avec Mon ami Pierre, le film de Paula Neurisse et Louis Félix, la voix d'Yves Montand évoque maintenant le labeur des 20 journées de mer harassantes du chalutier bigouden Franc-Tireur. Transis par les paquets de mer, les 60 spectateurs du Grand Bleu goûtent cette sortie aux longs cours magnifiée par de superbes cadrages.

«Regarde ce qu'ils ont fait de mon pays, ces beaux messieurs de Paris qui font des plans pour la Bretagne», tonne à son tour la voix de Glenmor, en montrant les talus arasés du remembrement dans un document tourné par des cinéastes québécois à Mael-Carhaix, sur la ferme des parents du barde Breton.


Dans un bistro de champ de foire, un cercle d'éleveurs centre-Bretons cherche à déchiffrer le sabir d'un agriculteur débarqué de la Belle Province. A la fin des annés soixante, leurs libertés d'hommes de la terre passent sans coup férir des mains du maquignon rusé à celles des abattoirs industriels. On n'oubliera pas de sitôt leurs mines stupéfaites, et cette belle suite de documents à la valeur patrimoniale irremplaçable heureusement sauvegardée par la Cinémathèque de Bretagne.

J-P B.