Le swing celtique de Gwenaël Kerléo

Jeudi, à la chapelle Sainte-Anne, à Carhaix, la harpiste Gwenaël Kerléo a donné un concert intimiste devant une trentaine de spectateurs.

Elle attaque d’entrée de jeu avec E penn pellañ ar bed (à l’extrémité du monde). « Une chanson en langue bretonne inspirée d’un poème d’Anjela Duval : une fleur voyage au travers des pays celtes et en raconte les paysages magnifiques », explique d’une voix douce et assurée, Gwenaël Kerléo, harpiste des Monts d’Arrée aux six albums et dix-sept années de scène. Dans la demi-obscurité de la chapelle Sainte-Anne, l’artiste enchaîne avec Na ouel ket (ne pleure pas). « Un instrumental composé à l’occasion de la naissance de l’un de mes enfants. »

D’un jeu fluide, précis et sensible, la jeune femme fait aussi vibrer sa harpe électrique sur une mélodie de sa composition, et un texte en français du poète finistérien Jean-Paul Kermarrec. « Je livre à la pluie des douleurs mal écrites. Le cri de mon poème, avant qu’il ne se fane aux lisières de l’ennui », chante-t-elle avant de reprendre An Aval. Une chanson en langue bretonne écrite par Louis-Jacques Suignard, et extraite de Quai n° 7, le dernier album de la musicienne paru au printemps 2012. « Autrefois, raconte Gwenaël Kerléo, on demandait au futur jeune marié de trancher une pomme au moment de la cérémonie. Selon le dessin révélé par la coupe du fruit, on pouvait y lire l’avenir des jeunes mariés. »

La fraîcheur des embruns

Avec Kezeg ar mor (les chevaux de la mer), l’écriture musicale de la harpiste évoque bientôt les paysages marins des côtes bretonnes. « En tendant l’oreille, glisse-t-elle en pinçant les cordes graves de sa harpe parée de mauve, vous pourrez entendre le galop des chevaux sur le sable humide. » La mélodie aux accents celtiques caracole bientôt sur la crête des vagues. Le martèlement sourd des sabots déferle sur la grève


Gwenaël Kerléo, harpiste électrique aux six albums, était en concert jeudi soir à la chapelle Sainte-Anne.


et le public de Sainte-Anne goûte visiblement la fraîcheur bienve- nue des embruns distillés par l’artiste.

Mêlant inspiration poétique des textes d’Yvon Le Men, Jakez Riou ou du conteur Jean-Marc Decouen, la musique de Gwenaël Kerléo a le swing celtique mûri par dix-sept ans de scène.


Elle dit en chansons, l’universalité des sentiments nés de la terre bretonne, la tristesse des dunes, le déchirement des vagues vues par en dessous et clame avec les mots anglais de Louis Jacques Suignard, l’espérance de nouveaux cieux.

Jean-Pierre Bénard



Chronique du concert de la harpiste Gwenaël Kerléo, donné le jeudi 9 août 2012, à la chapelle Sainte-Anne, à Carhaix (Finistère).