Le nouveau souffle bretonnant de Gwennyn

La jeune chanteuse a donné un concert à la salle des Bonnets Rouges, à l’occasion de la sortie d’En tu all, son premier album publié par Coop-Breizh.


Elle vient du pays d’Argol, quelque part entre Crozon et Landevennec. «Un lieu sacré au bord de l’eau, d’où l’on peut voir la ville d’Ys quand la mer est basse.» Gwennyn, la jeune chanteuse bretonnante nouvellement découverte par Coop-Breizh, fait son entrée sur la scène des Bonnets Rouges. «Où je suis très fière de chanter pour la première fois», lance-t-elle au petit public de fidèles accouru vendredi, à l’occasion de la sortie de son premier album.

«Je connais un château dans les bois, cachant en sa tour le plus beau des trésors», enchaîne-t-elle aussitôt avec An Alc’houez aour, la clef d’or perdue de la langue bretonne. «Jetée dans la mer par des gens insensés.» En fond de scène, Philippe Turbin jongle entre claviers électriques et touches nacrées de son piano à bretelles sur le souffle bretonnant de l’artiste.

Gwerz des temps modernes

Seule au micro, la jeune femme chante également l’errance d’une génération perdue. «Les enfants de la croisade, marchant dans des pays inconnus d’eux», avec cette adaptation en breton de la chanson de Sting. Mais à huit siècles de distance, d’autres immigrants affluent à leur tour sur le chemin inverse. «Pour passer de l’autre côté et goûter à cette Europe arrogante, même au péril de leur vie», raconte Gwennyn avec En tu all, cette gwerz des temps modernes narrant l’exode d’hommes, «Quittant leur terre pour sauver leur peau».


La jeune chanteuse Gwennyn a donné vendredi, à Kergloff, un aperçu de son univers mêlant textes poétiques et chansons engagées chantées en langue bretonne.


A voix nue, accompagnée de la seule guitare acoustique d’Erwann Volant, l’artiste bretonnante conte aussi d’autres histoires au dénouement cruel avec Marv an evned, La mort des oiseaux. «Et le Géant de glace hurlant, dans ses griffes a tué une infinité d’oiseaux.» Sans jamais renier les racines de sa langue maternelle, Gwennyn n’hésite pas non plus à convoquer les déchirements européens. Des rues de Sarajevo d’où s’enfuient les amours serbo-bosniaques impossibles de Bosko et Admira, aux faubourgs en révolte de l’Irlande du Nord. «Où l’on a volé l’espoir des enfants de Belfast et de Derry.» A l’écoute du ressac de la mer, la jeune chanteuse aux textes engagés songe aussi à l’au-delà de l’océan et joue avec les mots.


«Dream well, rêver bien en anglais, et dremmwel, l’horizon en breton. C’est ça qui me fait rêver.» Hélas pour l’artiste. En présence d’un public réduit et aux prises avec une salle à l’architecture surannée, Gwennyn a eu bien des difficultés à restituer sur scène l’atmosphère pourtant particulièrement envoûtante et réussie d’En tu all, son premier album.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de Gwennyn à la salle des Bonnets Rouges de Kergloff (Finistère), le vendredi 27 octobre 2006.