À Châteauneuf, les 36 Printemps d’Hervé Irvoas

Hervé Irvoas est un des sonneurs emblématiques du pays dardoup. Dimanche 8 avril 2012, cet infatigable tricoteur de gavottes des montagnes a sonné avec son fils Hervé, pour son 36e Printemps de Châteauneuf.

Sa Bretagne, Hervé Irvoas l’a découverte vers l’âge de six ou sept ans. « À l’époque de mes premières vacances », confie en souriant le sonneur châteauneuvien, aujourd’hui retraité de l’enseignement. Les premiers souvenirs d’Hervé Irvoas sont marqués par la double-culture de l’Est de la France où il est né. « Au pied des Vosges. Dans un petit patelin d’une soixantaine d’habitants, de culture française et mosellane, avec une langue aux racines germaniques encore parlée aujourd’hui du côté de Forbach. »

Fils d’un gendarme d’origine bretonne et d’une mère lorraine, c’est à Morlaix que le jeune breton noue ses premières amours avec la musique traditionnelle. « Au lycée Tristan-Corbières où il y avait un bagad et un cercle celtique. J’ai pris ça en pleine face », se remémore-t-il aujourd’hui. Pour Hervé Irvoas, ce premier bain de culture bretonne sera décisif. « Je suis comme tous ces Bretons exilés qui redécouvrent leurs racines avec bonheur. La culture bretonne exerce une telle fascination que je connais même des gens de Paris ou de Normandie qui en sont fous. »

« En plein coeur de la culture bretonne »

Une fascination qu’il trouve à partager alors avec les frères Quelen. « Ils étaient fils d’un pharmacien de Brasparts. C’est avec eux que j’ai eu en main un biniou kozh pour la première fois de ma vie. » Le visage du sonneur s’illumine. « Une vraie révélation », s’exclame-t-il en évoquant son arrivée à Châteauneuf-du-Faou.


Hervé Irvoas, sonneur de biniou paré de titres glanés à Gourin, Kerdevot, Lorient ou Loudéac est aussi référent du terroir dardoup pour la fédération de danse Kendalc’h. Dimanche 8 avril, il a sonné avec son fils Hervé pour son 36e Printemps de Châteauneuf.


« En 1955, à l’occasion de la nomination de mon père comme commandant de la brigade de gendarmerie. Imagine-toi, insiste-t-il, je tombais en plein cœur de la culture bretonne : les gens parlaient breton, les femmes portaient encore la coiffe et Georges Le Meur animait le cercle celtique du lieu. » Un initiateur de choix pour le sonneur en devenir. « S’il avait un doute sur la réalité d’un pas de gavotte, il nous emmenait sur le terrain pour en vérifier l’authenticité auprès des danseurs du cru. »

« Quand la salle hurle de bonheur »

La suite tient presque du rêve pour Hervé Irvoas. « J’ai sillonné le Poher : mariages, festoù-noz. Sonné avec Yann Goas, Per Guillou, Jean-Pierre Sinou ou encore Guy Madec. Rencontré les sœurs Goadec à l’époque où elles étaient cinq. J’ai même le négatif de la pho-


to faite par Georges Castel à cette occasion », raconte-t-il avec une fierté visible.

Aujourd’hui, membre de l’équipe d’organisation du Printemps de Châteauneuf-du-Faou, Hervé Irvoas est toujours habité d’une même ferveur pour la musique de toute sa vie. « On y rencontre une population jeune, passionnée de danse, de musique et de culture bretonne. Et on y vit des moments très forts : quand la salle archi-comble clame son enthousiasme et hurle de bonheur au sortir de la prestation réussie d’un couple de sonneurs ou de chanteurs. »

Jean-Pierre Bénard

Portrait d'Hervé Irvoas écrit et publié le 7 avril 2012 à l'occasion de la 36e édition du Printemps de Châteauneuf-du-Faou (Finistère).