Climat : « Une situation grave, cruciale »

L'astrophysicien Hubert Reeves jette un regard plutôt inquiet sur l'avenir proche de la planète et donne son sentiment sur le Sommet de la Terre (du 26 août au 4 septembre 2002 à Johannesburg). Selon lui, le dérèglement climatique pourrait bien se transformer, si l'on n'y prend garde, en avis de tempête généralisé. Entretien.

Les désordres climatiques observés ces dernières années sont-ils imputables à l'activité humaine ?

Aujourd'hui, pour les spécialistes, il y a des évidences nouvelles et plus fortes montrant que le réchauffement des cinquante dernières années est dû à l'activité humaine et au dégagement de gaz carbonique par les voitures et le chauffage. La tempête de décembre 1999, les grandes sécheresses aux États-Unis ou ces inondations en Europe centrale sont vraisemblablement, mais pas de façon absolument certaine, une conséquence de cette augmentation de la température.

Avec un éventuel scénario catastrophe ?

Si une élévation d'un seul degré a suffit pour créer de tels problèmes, une augmentation de trois ou quatre degrés, comme certains l'envisagent déjà pour les années 2050, serait alors très inquiétante. C'est cela, le grand danger qui nous menace aujourd'hui. Le système pourrait fort bien s'emballer et la température continuer à monter.

Quelles solutions pour éviter ce possible dérèglement climatique ?

Il faudrait investir massivement dans les énergies renouvelables, le solaire, l'éolien. Si la France et d'autres pays avaient autant misé sur ces énergies qu'ils ont investi dans le nucléaire, nous aurions peut-être, aujourd'hui, le solaire à un coût compétitif. Ce qui nous éviterait l'effet de serre en nous permettant de faire l'économie des déchets nucléaires. On sait déjà qu'à l'échelle d'une centaine d'années, nous n'aurons plus ni gaz, ni pétrole, ni charbon, ni uranium 235.


À cet emplacement figure une photo de l'astrophysicien Hubert Reeves.

«Le solaire, l'éolien nous éviteraient l'effet de serre, en nous permettant de faire l'économie du nucléaire», préconise l'astrophysicien Hubert Reeves (photo : droits réservés).


Il faut s'habituer à penser sur le long terme. Ce n'est pas : « Après nous le déluge ! » Il est urgent de décider, car plus on tarde et plus les échéances approchent.

Le sommet de la Terre peut-il faire progresser la prise de conscience des gouvernements ?

Au sommet de Rio, on a parlé de développement durable, mais beaucoup de décisions prises il y a dix ans n'ont pas été appliquées. Il faut que la promesse faite à l'époque, d'un partage plus équitable des richesses, soit tenue. La première chose à entreprendre, c'est de faire savoir que nous sommes dans une situation grave, cruciale.


S'il y a le feu chez vous, la première chose à faire c'est de le savoir. Si vous ne le savez pas, c'est pire. Les réunions comme celles de Johannesburg, les conférences, les journaux, ont pour rôle de faire connaître cela et c'est important, même si ce n'est pas suffisant.

Recueilli par J-P. Bénard


Entretien avec l'astrophysicien Hubert Reeves, à propos du Sommet de la Terre organisé du 26 août au 4 septembre 2002 à Johannesburg (Afrique du Sud).


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