Le Mal de Terre de Hubert Reeves

L’astrophysicien publie un livre d’entretiens en forme d’état des lieux d’une planète Terre bien mal en point. Une détérioration de notre environnement qui pourrait bien influer, selon lui, sur l’avenir même de l’espèce humaine si une prise de conscience n’intervient pas rapidement.

Pourquoi une telle mise en garde ?

J’ai des petits-enfants qui ont deux ans. En 2030 ou 2050, ils ont toutes les chances d’être encore en vie alors que les clignotants seront au déjà au rouge. On a tout lieu de penser en effet, même si ce n’est pas une absolue certitude, que la multiplication des tempêtes, des inondations ou des sécheresses est due à l’augmentation de la température liée à l’activité humaine. Depuis un siècle, celle-ci a augmenté en moyenne de 1 degré, et cette progression s’est accélérée dans la dernière décennie où l’on a relevé les températures les plus élevées du siècle.

Sur quels documents vous êtes-vous appuyé pour Mal de Terre ?

Le livre repose sur beaucoup de références à des articles publiés dans des revues scientifiques traitant de l’effet de serre, du réchauffement climatique, ou de la question des sources d’énergies de demain. Ce n’est pas pour autant un livre catastrophiste ou défaitiste. La couche d’ozone, autrefois endommagée par les gaz aérosols (CFC), est maintenant en voie de restauration parce qu’on a arrêté d’utiliser les gaz qui la détruisaient. C’est pourquoi j’évoque aussi ce que l’on peut faire, à un niveau personnel, social ou plus politique pour améliorer le cours des choses.

Vous parlez néanmoins de scénarios catastrophes...

Oui, il y en a trois. Un scénario «désert», si la température augmente de 10° au-delà de 2100. Un scénario «geyser», si la température continue d’augmenter de 20 ou 30°, en créant des conditions où seules les bactéries peuvent encore survivre comme dans les eaux bleues des geysers d’Islande, et enfin le scénario «Vénus».


À cet emplacement figure une photo de l'astrophysicien Hubert Reeves.

Dans son livre Mal de Terre, Hubert Reeves évoque aussi ce que l’on peut faire au niveau personnel, social ou politique pour améliorer le cours des choses (photo : droits réservés).


Cette planète connaît un effet de serre extraordinaire, avec une atmosphère pratiquement composée de gaz carbonique pur et une température de 460°. C’est un scénario possible si la température finissait par atteindre, et dépasser, les 100° sur la Terre. Les accords de Kyoto prévoient de réduire de 6 % seulement les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2012, alors qu’il faudrait les réduire de 60 %. Des mesures beaucoup plus sérieuses seront donc nécessaires, si l’on veut éviter les conséquences néfastes qui sont décrites dans ces trois scénarios.

L’espèce humaine pourrait-elle être menacée ?

L’espèce humaine est très fragile et ne supporte pas les grandes variations de températures par exemple. Il y a une réelle possibilité d'extinction à l’échelle des espèces, et singulièrement de la nôtre,


même si cela n'est qu'une hypothèse car nous ne pouvons pas prédire l'avenir avec certitude. Cependant, je ne crois pas que la vie disparaîtra. Elle en a vu bien d'autres dans le passé. Des chutes de météorites ont tout bousculé à certaines époques, et, pourtant, on a vu la vie reprendre avec cette extraordinaire capacité adaptative. Il y aura une évolution, mais pas de disparition de la vie.

Recueilli par J-P. Bénard


Entretien avec l'astrophysicien Hubert Reeves, à propos de Mal de Terre, un livre co-écrit avec Frédéric Lenoir en 2003 et publié dans la collection Science ouverte aux éditions du Seuil.