Hugues Aufray : « Droit dans mes santiags »

Le chanteur et guitariste a donné un concert entouré de ses quatre musiciens, dans une salle du Glenmor archicomble à Carhaix, le samedi 3 avril 2010. Entretien avec le troubadour aux 81 printemps.


Votre sentiment au sortir du concert de ce soir, à Carhaix ?

J’ai été ravi ! (L’entretien se passe dans sa loge du Glenmor et Hugues Aufray se dirige vers la baie vitrée donnant sur le parc de stationnement). Tout à l’heure, de cette fenêtre, je voyais les gens arriver dans leurs voitures ou leurs camping-cars. Pour un chanteur comme moi et malgré mes 50 ans de carrière, c’est toujours un spectacle émouvant. Quand on chante sur scène, la salle est noire et on ne voit pas les gens. Là, je les ai vus arriver et je savais que la salle serait comble. C’est une émotion d’une qualité rare. Je suis vraiment heureux d’être venu ici.

Quel souvenir avez-vous de vos Vieilles Charrues 2004 ?

C’était formidable. Mais je me suis senti très frustré à cause d’un article de presse qui avait été très méchant à mon propos. J’avais eu une pensée pour Adamo, qu’on m’avait demandé de remplacer au pied levé, et j’avais dit mon plaisir d’avoir dépanné les Vieilles Charrues. J’avais aussi évoqué la défection du chanteur David Bowie, en lâchant au passage que je l’aurais aussi remplacé si on me l’avait demandé.

Patatras ! Aussitôt les gens se sont dits : mais pour qui se prend-il ? Moi, je voulais simplement dire que j’étais prêt à remplacer qui on voulait, simplement pour rendre service. Certainement pas parce que je pense valoir David Bowie ou, pire encore, que je pense être meilleur que lui ! Je ne méritais pas autant d’avanies, alors que mon passage devant les 65 000 spectateurs des Vieilles Charrues avait été un succès.

Vous souhaitez toujours revenir à Carhaix avec Bob Dylan ?

J’aimerais bien. Pour l’im-


« Si je reviens aux Vielles Charrues, j’aimerais que ce soit beaucoup plus rock’n’roll que le concert de ce soir. Que ça bastonne, avec des chansons de Bob Dylan, des cornemuses et deux ou trois chansons bretonnes », confie aussi Hugues Aufray (photo © Jean-Pierre Bénard).


mense plaisir d’être avec lui sur scène et pour celui d’être à l’origine d’un duo comme celui-là. Mais ce n’est pas un projet à l’ordre du jour. Bob Dylan a des dates disponibles en fonction de ses tournées en Europe ou ailleurs. Il n’arrête pas de tourner et il ne lui est pas possible de venir spécialement pour un festival.

D’ailleurs, il sera en France cet été pour six dates. (L’artiste ouvre son agenda et montre les six dates inscrites à l’encre rouge, de la tournée en France de Bob Dylan) : le 20 juin prochain à Lyon, le 22 à Nice, etc. Et le premier juillet au Zénith de Nantes. Après, il s’en va. Les Vieilles Charrues débutent quant à elles le 15 juillet. À 15 jours près, c’était possible ! Peut-être l’année prochaine ?

N’êtes-vous pas lassé de chanter des chansons d’il y a 50 ans ?

Je n’ai aucune lassitude à chanter certaines des chansons que j’ai écrites il y a 50 ans ni même à continuer de les interpréter sur scène.


On ne chante jamais deux fois un texte de la même façon.

La chanson, (il se tourne en souriant vers sa compagne, restée à ses côtés pendant l’entretien), c’est un peu comme l’amour. On y revient toujours avec le même plaisir parce que, à chaque fois, c’est toujours différent.

Quel homme pensez-vous être ?

Moi, je suis un homme libre. Je ne suis pas influencé ni par les modes, ni par les mouvements politiques. Je suis du côté des gens qui s’engagent personnellement sans être jamais relié à aucune chapelle d’aucune sorte. Je suis droit dans mes santiags tout en étant très sensible à la justice et à la vérité.

Si vous voulez savoir l’homme que je suis vraiment, relisez le texte de mes chansons de près. Vous verrez que je parle de ces choses-là, beaucoup plus qu’on ne le pense...

Recueilli par Jean-Pierre Bénard


Hugues Aufray : les 600 fans du Glenmor sous le charme

Le chanteur et guitariste Hugues Aufray a donné un concert à guichet fermé de plus de 2 h 20, devant un public de fans accouru de toute la Bretagne.


À cet emplacement figure une photo de Hugues Aufray en concert à l'espace Glenmor à Carhaix.

Le talent et l’énergie intacte d’Hugues Aufray, troubadour aux 81 printemps, ont enthousiasmé samedi, le public des 600 fans du Glenmor (photo © Jean-Pierre Bénard).


À 15 h 30, ils étaient déjà devant les portes encore closes de l’espace Glenmor. « Des fans venus en camping-car depuis Rennes et Nantes qui espéraient pouvoir prendre place dans la salle cinq heures avant le spectacle », confie Nadège Bergot, chargée de la communication du lieu. Une heure avant l’ouverture, les spectateurs formaient déjà une importante file dans l’attente du concert à venir.

À l’heure dite, dans une salle impatiente et pleine à craquer, Hugues Aufray déboule enfin sur la scène du Glenmor.

Santiags aux pieds, jean des sixties, blouson de cuir noir et crinière blanche, le troubadour lance La fille du Nord, une de ses nombreuses reprises des ballades folks de Bob Dylan.

2 h 20 de concert !

De sa voix chaude, à peine éraillée par les ans, le chanteur aux 81 printemps enchaîne blues rural et chansons cajuns avec l’énergie d’un débutant. Stewball et Santiano font un triomphe. Dans la salle, les 600 fans écrasent une larme nostalgique pour Fanny.

Au bout d'un concert-fleuve de plus de 2 h 20, là où d'autres artistes se contentent d'une heure et demi de spectacle, montre en main, sans entracte, une dernière note de guitare sonne. « Hugues Aufray, quelle pêche ! », glisse un spectateur sous le charme.

Chronique du concert donné par Hugues Aufray à l'espace Glenmor à Carhaix (Finistère), le samedi 3 avril 2010.