L’humour façon puzzle de Jonathan Lambert

L’humoriste Jonathan Lambert a fait défiler sa galerie de personnages emperruqués devant 350 spectateurs au Glenmor.

Ça démarre en trombe, comme il se doit, avec l’affichage tonitruant de pictogrammes barrés de rouge en fond de scène. Le public est averti : « Téléphones portables, tabac, bombes et zoophilie sont prohibés dans la salle ». Des coulisses surgit bientôt un personnage mal fagoté, au pantalon affublé d’une protubérance ostensible. Le ton est donné et, d’entrée de jeu, Jonathan Lambert ne lésine pas sur les saillies d’humour trash, qu’on jurerait inspirées par les colonnes du défunt mensuel Hara-Kiri.

Sur un écran géant défilent bientôt les portraits de ses géniteurs aux trombines visiblement ravagées par les excès. « Mon père aimait beaucoup les fruits : poire, pomme, mirabelle. Il est mort avec 8 g dans le sang. Ma mère était généreuse et travailleuse... très travail- leuse. Si j’étais tombé sur elle, fait mine de s’interroger l’humoriste, est-ce qu’elle m’aurait fait payer ? »

« Un euro le cheveu ! »

Dans les travées du Glenmor l’hilarité se fait discrète. Le notaire Francis Blancard fait son entrée, couronné d’un postiche capillaire aussi gris que son costume de notable limougeaud est fatigué. Le souvenir de ses premiers émois sexuels vire à l’humour


L’humoriste Jonathan Lambert était le dimanche 23 novembre 2014 sur la scène du Glenmor. (Photo : © Jean-Pierre Bénard)


noir et le rouge monte bientôt aux accoudoirs des fauteuils. Oreilles chastes, s’abstenir. « Elle était moche, on la surnommait le tas. J’ai tout appris avec elle... sur le tas. Ne riez pas, prévient l’officier ministériel. C’est ma femme ! »

Au détour d’une énième vanne, l’humoriste égratigne aussi le coût des implants des stars du show-biz. « Un euro le cheveu ! J’ai calculé : c’est un Smic pour une banane ! Je balance ? », s’exclame Jonathan Lambert. Le public réclame des noms et la vacherie en retour ne tarde pas. « Ah !, la France des années 40... mon meilleur public ! »


Au fil des saynètes, pourtant, la charge caustique de l’artifice capillaire brandi par Jonathan Lambert s’épuise, comme ses personnages. À la manière du Bernard Blier des Tontons Flingueurs, l’humoriste pulvérise les limites du bon goût façon puzzle. Le mime outrancier du viol de spectatrices par le pervers Damien Baïzé crée un malaise tiré par les cheveux. Ça tombe bien. Le spectacle s’appelle Perruques.

Jean-Pierre Bénard


Papier publié à l'occasion du spectacle seul-en-scène de Jonathan Lambert, donné à l'espace Glenmor, à Carhaix, le dimanche 23 novembre 2014.