Ilene Barnes, la diva noire aux yeux bleus

L’artiste noire américaine a ouvert dimanche la nouvelle saison de l’espace Glenmor devant un public de 350 spectateurs.


Guitare en main, elle glisse sa haute silhouette habillée de noir côté jardin. « Certains ont peur de chuter, de tout perdre ou bien de devoir choisir », lance la chanteuse Ilene Barnes tout en égrenant aussitôt les premières mesures de Fear of, une chanson dénonciatrice des pétoches contemporaines. « La peur, un des plus vieux moyens de contrôle, est de nouveau à la mode », affirme-t-elle en français au public du Glenmor, avant de s’offrir une petite mise en voix sur quelques notes de guitare acoustique. « You know time is passing by », reprend-elle également de sa voix grave, avec cette belle ballade en forme de méditation jazzy sur la fuite du temps.

« Yesterday comes, yesterday’s gone. I said yesterday’s gone », lance-t-elle aussi avec ce texte évoquant les images du passé dont il faut savoir se défaire. Comme un seul homme, le public se lève bientôt à l’appel de la chanteuse, frappe son cœur en cadence et renoue avec une cérémonie coutumière déjà initiée par l’artiste en 2006. « Est-ce que vous vous sentez plus indien maintenant ? », demande-t-elle tout sourire aux spectateurs, à la manière d’une grande prêtresse païenne fière de ses propres racines multi-ethniques. « Je suis un mélange d’origines caraïbes, indiennes, africaines et même irlandaises », assure-t-elle. Prenant appui sur un tabouret planté dans le faisceau solaire d’un projecteur, Ilene Barnes chante aussi le monde comme il tourne. « N’oubliez pas que nous avons voté pour vous, parce que vous nous avez servi les meilleurs mensonges »,


À cet emplacement figure une photo des Diaouled ar Menez sur la scène.

« Mes yeux sont bleus » chante aussi Ilene Barnes, la belle diva noire au sang mêlé.


lance-t-elle avec Blind Folded, une chanson en forme d’invite à regarder le monde qui nous entoure. « Sans oublier qu’on ne pourra pas s’en sortir autrement que par le dialogue entre humains. »

Sensuelle et rageuse

Soutenue par le rythme pêchu de la guitare de Jean-Paul Trasfi et l’énergie subtile des percussions déployées par Javier Estrella, Ilene Barnes reprend aussi Please. « Une chanson écrite par un jeune compositeur méconnu », plaisante-t-elle à propos du tube écrit par Bono, le chanteur irlandais de U2. « My eyes are blue. Mes yeux sont bleus », chantonne aussi a capella, la diva noire à la manière langoureuse d’une Billie Holiday. « Pour exorciser l’angoisse de ces questionnaires d’agences de l'


emploi américaines qui vous demandent votre race, la couleur de vos cheveux ou de votre peau. »

Ilene Barnes s’est débarrassée des cuissardes et de l’armure de Yesterday Comes, son précédent spectacle. Elle est revenue dimanche, pour notre plus grand bonheur, forte du dépouillement sonore d’un superbe trio acoustique à la mesure des inflexions d’une voix tour-à-tour suave, sensuelle et rageuse.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert d'Ilene Barnes donné à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère), le dimanche 14 octobre 2007.


À cet emplacement figure une photo de Ilene Barnes les bras ouverts a l'avant scene.

Dimanche, Ilene Barnes a donné la pleine mesure de sa voix sensuelle et grave, soutenue par la guitare acoustique de Jean-Paul Trasfi et les percussions de l’argentin Javier Estrella.