Elle revient à Carhaix à l'occasion d'une nouvelle tournée en Bretagne

Ilene Barnes : « j’ai trouvé ma voie »


Après un passage sur la scène Kerouac des Vieilles charrues en 2004, la chanteuse noire américaine est de retour dimanche à l’espace Glenmor. Entretien avec une artiste à la voix aux sonorités androgynes, auteure à l’écriture engagée mêlée de couleurs jazz, soul et folk électrique.

D’où vous est venue l’envie d’écrire et de chanter ?

Dans les Îles de la Barbade où j’ai vécu étant enfant, j’étais très bien entourée à l’époque. Nina Simone venait à la maison à l’occasion de ses concerts. J’allais à l’école avec sa fille Lisa et j’ai eu la chance aussi de rencontrer Myriam Makeba. C’étaient des gens vraiment impliqués dans les luttes en Afrique du Sud ou aux Etats-Unis avec le mouvement des droits civiques. Ces artistes parlaient de ces mêmes luttes dans leurs chansons, et tout ça m’a imprégné et influencé largement.

Vous sentez-vous proche d’une chanteuse comme Tracy Chapman ?

Je sais que beaucoup de gens nous comparent et ce n’est pas le pire des compliments que quelqu’un puisse recevoir ! Les sujets sociaux de nos chansons sont assez proches. Ce qui nous rapproche aussi c’est le style blues folk et nos voix graves, mais également la filiation avec des chanteurs comme Joan Baez, James Taylor ou Joan Armatrading.

Parlez-nous de votre prochain disque : « Yesterday comes »

Le thème de cet album c’est celui du retour du passé. Je parle aussi de la peur et de ce qu’on ne réfléchit jamais assez au moyen de s’en débarrasser. Je pense qu’aujourd’hui, la peur


La chanteuse Ilene Barnes revient sur la scène de l'espace Glenmor. (Photo : Pierre Terrasson)


est devenue un moyen de contrôle sur la vie des gens dans le monde, et que les politiques l’utilisent à cette fin. Toutes les deux minutes il y a une nouvelle maladie. On a peur de manger de la viande ou de partir en vacances. A un moment on a envie de dire stop ! Est-ce qu’il y a vraiment des raisons d’avoir peur ou bien est-ce que nous sommes les victimes d’une manipulation ?

La chose la plus importante pour vous ?

Quand je suis venue en Bretagne pour la première fois il y a 13 ans, on m’a dit : « tu vas voir, les Bretons sont froids, fermés et pas très chaleureux », alors qu’en fait j’ai passé de magnifiques moments. J’en ai toujours le souvenir et j’en parle souvent. J’ai gardé le contact avec ces gens et j’espère bien les revoir dimanche à Carhaix. Il faut aller vers l’autre, même si parfois ça fait mal, même si on a des a priori. On doit quand même essayer d’aller contre cette peur, car bien souvent la


haine et les conflits naissent d’une ignorance de l’autre.

Est-ce que vous avez eu à souffrir de votre couleur de peau ?

Oui. L’année dernière, j’ai dû changer deux fois d’hôtel dans une ville où j’étais tête d’affiche. Stevie Wonder a écrit une chanson là-dessus. Même si tu as beaucoup de dollars verts dans ta poche, ce n’est pas pour autant que tu seras admis partout. Je suis une femme de grande taille avec une voix grave, et il y a encore des gens pour qui les femmes doivent être petites avec une voix fluette ! Ce n’est pas toujours facile de garder la tête haute, mais moi j’ai trouvé ma voie. Et dans le chemin que j’ai décidé de suivre, j’ai retourné ça pour l’utiliser dans mes chansons et en faire ma force.

Jean-Pierre Bénard

Entretien avec Ilene Barnes à l'occasion de son concert donné à l'espace Glenmor, le dimanche 26 mars 2006, à Carhaix.