Ilene Barnes a séduit les indiens d’Armorique

Dimanche, la chanteuse noire américaine a fait battre debout les cœurs de la tribu carhaisienne de l’espace Glenmor.


Guitare en bandoulière, elle déboule du haut des gradins vêtue d’un long manteau noir. «You know time is passing by», chantonne Ilene Barnes, avec cette première mélodie en forme de ballade jazzy sur la fuite du temps. «Fear of, n’ayez pas peur de la chute, de vos échecs et de vos réussites», lance-t-elle également, depuis la scène, en offrant un bonjour bretonnant qui va droit au cœur des 350 spectateurs du Glenmor.

«Bannissez la peur devenue un moyen de contrôle sur la vie des gens», insiste-t-elle, du haut de sa silhouette chaussée de cuissardes noires. «Je suis un mélange d’indienne de l’Inde, d’Africaine et d’Irlandaise», proclame-t-elle aussi au détour de Yesterday comes, une ballade extraite de son nouvel album, avant d’inviter le public à se lever. «En venant sur la route, j’ai cherché des yeux le nom de votre tribu sur les panneaux bretonnants. Cette chanson est pour la naissance des nouveaux indiens de Carhaix», sourit-t-elle, en proposant aux spectateurs de faire battre leurs cœurs en mesure sous leur poing droit.

Les chants de la terre

«Eah omm», scande-t-elle sur ce mantra indien, à la manière d’une grande prêtresse hantée par les chants de la terre et les figures âpres d’une cérémonie païenne. «Don’t you know we’re voting for you, cause you told the best lies


Dimanche, la chanteuse Ilene Barnes a soulevé l’enthousiasme des 350 spectateurs du Glenmor avec pas moins de 4 rappels.


yet. N’oubliez pas que nous avons voté pour vous parce que vous nous avez servi les meilleurs mensonges», reprend-elle avec Blindfolded, un des titres les plus politiquement rock lancés ce dimanche par l’artiste à la voix grondante sous un front perlé de sueur. «C’est par le dialogue des cultures que l’on pourra avoir un dialogue d’êtres humains», affirme-t-elle, aussi, en rappelant son espérance de voir toutes les œillères tomber un jour. «Please, please, get up off your knees, s’il vous plaît, bougez-vous !», exhorte enfin la chanteuse, désolée par le


chaos du monde, avec cette reprise d’une chanson de Bono, du groupe U2. Appel entendu pour la tribu des spectateurs de l’espace Glenmor, dont le cœur a battu debout deux heures durant à l’unisson des vocalises d’Ilene Barnes, une diva des musiques du monde née à Detroit, USA.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de blues donné par Ilene Barnes, le dimanche 26 mars 2006, à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère).