Jacky Molard, le violoniste aux cordes métissées

Le Jacky Molard Quartet publie N’Diale, un nouvel album avec les Maliens du trio Foune Diarra. Entretien avec le violoniste spézétois à l’archet nourri au meilleur des musiques du monde.

Il a touché son premier violon au mitan des années 70. « C’est Patrick, mon frère, qui avait le projet d’en jouer à l’époque. Comme il n’y touchait pas, j’ai fini par le prendre », confie en souriant le musicien Jacky Molard en vous recevant dans sa maison, à Spézet. Dans ces années-là, en effet, la musique était déjà une véritable affaire de famille pour la fratrie Molard.

« Patrick et Dominique, mes deux frères plus âgés, jouaient dans un bagad avant de rejoindre An Here, le premier pipe-band breton. Souvent, ils rentraient à la maison avec plein de disques de musique irlandaise et de bluegrass américain. »

« C’est ça que je veux faire »

Sa toute première émotion de violoniste en herbe, Jacky Molard la doit au violon de John Sheahan, entendu sur un disque des Dubliners. « Quand j’ai découvert sa superbe interprétation du reel irlandais Mason’s Apron, je me suis dit : c’est ça que je veux faire ! » Une musique bientôt apprise d’oreille, sans le secours d’aucun professeur. « On n’avait pas le choix. Il n’y avait pas de cours de violon traditionnel, quel qu’il soit », insiste le musicien bientôt au contact des meilleurs interprètes irlandais du moment.

« J’étais séduit par la finesse du jeu de Paddy Glackin, violoniste en titre du Bothy Band première mouture, que j’ai rencontré lors de sa venue à Douarnenez et à Saint-Malo. Mais aussi par la belle énergie du jeu de Frankie Gavin, avec De Danann », se remémore-t-il.

« Un vrai style de violon breton »

En Centre-Bretagne aussi, les choses bougeaient. « On rencontrait des chanteurs et des sonneurs de biniou-bombarde. C’était un véritable terreau musical, au milieu duquel manquait tout de même le violon », raconte aussi Jacky Molard.


Le violoniste Jacky Molard (ici photographié dans son studio à Spézet), publie N’Diale, un nouvel album enregistré avec les musiciens de son quartet et les artistes maliens du Foune Diarra Trio.


« Il n’y avait pas de style breton au violon et ceux qui s’essayaient à la gavotte, empruntaient leur technique d’archet ou d’ornementation au violon irlandais, explique le violoniste. Aujourd’hui, en revanche, après le travail fait avec les groupes Gwerz, Den ou Pennoù Skoulm, on peut dire qu’il y a désormais un vrai style de violon breton : ça ne sonne pas du tout comme les Irlandais. »

L’ouverture aux musiques improvisées

Loin de limiter son horizon de musicien à la seule Bretagne, le violoniste Jacky Molard a su aussi multiplier les rencontres stimulantes et métisser son coup d’archet en quatre décennies. « Avec le clarinettiste Turc Hasan Yarim Dunia ou le chanteur Kurde Irakien Temo. Mais aussi Erik Marchand, les musiciens Roumains ou le jazz de Jacques Pellen et Ricardo Del Fra, avec le groupe Celtic Procession et le trio Tryptique. »

La chaleur de Bamako

Une exigence artistique qui vaut aujourd’hui à Jacky Molard d’avoir gagné une liberté d’interprète peu commune.


Arrangeur et directeur artistique, le musicien est aussi le cofondateur avec Erik Marchand et Bertand Dupont, de Innacor, le label qui publie N’Diale, son dernier album. Un vrai choc des cultures musicales entre Bretagne et Mali, noué dans la chaleur de Bamako l’an passé. « On a été très vite sur la même longueur d’ondes avec la chanteuse Foune Diarra et les musiciens Kassim Sidibé et Alhassane Sissoko. »

« Une grande famille »

Au final, N’Diale, mixé en février dernier, sortira le 3 mai. « Ce n’est pas un collage de musiciens, mais un vrai groupe, se félicite Jacky Molard. Ça fonctionne comme un orchestre qui aurait déjà 5 ans d’âge. » La preuve ? « On s’est retrouvé aussi au Bénin. Ils avaient apporté 25 kg de mangues. C’est intéressant de voir à quel point les retrouvailles sont désormais importantes des deux côtés. Maintenant, nous sommes une grande famille. Il n’y a plus de trahison possible. »

Jean-Pierre Bénard