Les chemins de traverse du Jacky Molard Quartet

Le quartet du violoniste Jacky Molard publie Suites chez Innacor. Un nouvel opus aux confins des musiques balkaniques, bretonnes et celtiques, mâtiné d’impros jazzistiques débridées.

L’aventure musicale du Jacky Molard Quartet a commencé en 2005 et ne s’est pas démentie depuis. « Nous avons donné beaucoup de concerts avec le répertoire du premier album (*), durant ces sept années », confie Jacky Molard, le violoniste spézetois initiateur de ce quartet singulier qui ose la fusion de mélopées issues des musiques du monde avec les improvisations jazzistiques les plus échevelées. « Déjà, à l’époque de Gwerz, rappelle le chef-de-file du Quartet, je me lançais dans des chorus de violon en jouant du caractère modal ou de l’harmonie du thème interprété par le reste du groupe. »

« Une ouverture musicale »

Un goût avéré pour les musiques traditionnelles et l’improvisation qui s’est poursuivi aux côtés du saxophoniste Yannick Jory, de la contre- bassiste Hélène Labarrière et du joueur d’accordéon diatonique, Janick Martin.

« Nous avons sauté à pieds-joints dans cette ouverture musicale qui permet à notre musique d’être appréciée d’un public très large, se félicite aujourd’hui le violoniste. Cette pratique permanente de l’improvisation oblige les membres du Quartet à une écoute puissante. Et il en résulte une profonde complicité qui est vite perçue par le public. »

« De nouvelles couleurs »

Doté désormais d’un répertoire rodé par sept années de scène, les musiciens du Jacky Molard Quartet ont souhaité approfondir leurs expérimen- tations avec Suites, leur nouvel album, enregistré en quatre jours à l’automne dernier. « Nous voulions élargir notre jeu et trouver de nouvelles couleurs dans une forme plus électrique », indique Jacky Molard.


« Si j’ai quelque chose qui me tient à cœur, c’est mon quartet, confie aussi Jacky Molard. C’est une formule qui respire. Nous sommes tous concentrés sur le même sujet et les conditions idéales d’enregistrement à La Grande Boutique nous y ont beaucoup aidés. » (Photo : © Éric Legret)


Une recherche de nouvelles formes musicales qui a permis au Quartet de se forger une solide identité, au fil des répétitions et des concerts : cordes et anches fusionnelles, harmoniques profondes de la contrebasse et basses virtuoses de l’accordéon.

« Le tout n’est pas de rester sur une image. La musique traditionnelle évolue avec les interprètes qui la jouent, insiste le violoniste. Nos improvisations s’appuient sur des musiques traditionnelles qui ont une histoire et des techniques particulières très reconnaissables. Elles ne s’éloignent du terreau traditionnel que pour revenir très vite au thème. Sans jamais oublier la cadence, qui est la caractéristique de toutes les musiques traditionnelles liées à la danse. »

« Dans l’esprit de la musique »

De Dourtan, un thème inspiré d’une mélodie du pays


vannetais, en passant par Si Verias, une mélopée arabo-andalouse du XVe siècle, l’album Suites fait la part belle aux musiques balkaniques et aux thèmes issus du monde gaélique. En embarquant thèmes traditionnels et compositions de Jacky Molard et Hélène Labarrière, sur des chemins de traverse teintés d’envolées jazzistiques débridées. « Avec Pablo’s March (une des compositions du disque. NDLR), Patrick Molard, mon frère, spécialiste de la cornemuse, m’a dit que c’était en plein dans l’esprit de la musique écossaise, indique le musicien avec une fierté visible. C’est ce qui m’importe : ne pas trahir. »

Jean-Pierre Bénard

Chronique de la publication de Suites, deuxième album du Jacky Molard Quartet paru en juin 2012, écrit et publié le 30 mai 2012.