À Carhaix, la jument Palome ferrée à la française

La jument Palome a été chaussée de neuf par les mains expertes du maréchal-ferrant Jean-Claude Queniat, devant un millier d’amoureux des équidés de la foire aux chevaux de Carhaix.

Les propriétaires bichonnent les robes et tressent les crinières juvéniles dans une odeur de crottin musqué. À Carhaix, la 8e grande foire aux chevaux fait la fête aux poulains et pouliches de l’année, dans un joyeux vacarme de hennissements surexcités.

Aux côtés de la jument Palome placidement corsetée dans son travail métallique, le maréchal-ferrant Jean-Claude Queniat fait son office. « Elle a été accidentée il y a deux ou trois ans, raconte l’homme de l’art installé pour l’occasion sur la place de l’ancienne foire. Le fond de sa bétaillère avait lâché et elle a traîné son pied sur la route. Mais ça ne la dérange pas. »

« Une famille de maréchal-ferrant »

Marteau en main, l’artisan taille à grands coups de couteau dans le sabot délesté de son fer et les copeaux de corne voltigent sous les yeux attentifs du public. « J’exerce depuis 30 ans. J’ai pris la suite de mon père et de mon grand-père. On est une famille de maréchal-ferrant », confie en souriant le spécialiste venu de Plougras (Côtes-d’Armor).

Dans sa fourgonnette, un four surchauffé retient deux énormes fers rougeoyant au feu. « Ça monte à 950 ou 1 000°, explique-t-il en saisissant le métal forgé au bout de ses tenailles. Mais je ne ferre que les chevaux de trait et toujours avec un teneur de pied. » Une garantie de longévité, dans un métier fait du corps à corps quotidien avec la puissance du cheval.


Le savoir-faire « à la française » déployé par Jean-Claude Queniat, le maréchal-ferrant venu de Plougras (Côtes-d’Armor), a été une des grandes attractions de la 8e foire aux chevaux de Carhaix, en octobre 2009. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


« Beaucoup de jeunes ferrent aujourd’hui à l’anglaise, en tenant le pied du cheval entre leurs jambes, explique aussi Jean-Claude Queniat. Mais c’est beaucoup trop dur pour le dos. Moi, je les mets tous au travail d’office. »

Une école à Landivisiau

Son savoir-faire, le maréchal-ferrant de Plougras l’a reçu de son père. « Mais j’ai fait aussi une école de maréchalerie à Nancy, en 1978. À l’époque, il n’y avait pas d’écoles de ce genre en Bretagne. Maintenant, il y en existe une à Saint-Hilaire-du-Harcouët et aussi à Landivisiau, où l’on prend les jeunes en CAP au sortir de la 3e. » Éleveur lui-même, Jean-Claude possède 4 chevaux, dont une jument.


« Attelée régulièrement et appelée Roxane-de-la-forge. Des apprentis ? Non, jusqu’à présent, je n’ai pas fait. Mais moi, je ne ferre qu’à la française, insiste-t-il. Pour les poneys et chevaux de selle, ce n’est pas le même boulot. » La retraite ? « Je suis sur les routes tous les jours et je n’ai pas envie d’arrêter, assure-t-il dans un nuage de corne brûlée. Je diminuerai sans doute mon activité, mais je continuerai. » Après ? « Ma fille Émilie aimerait faire le métier. Elle a 15 ans. C’est une passionnée de chevaux, glisse-t-il enfin, avant d’ajouter, une petite lueur paternelle bienveillante dans le regard : elle n’a vu que ça depuis toute petite et, si elle le veut, je lui apprendrai. »

Jean-Pierre Bénard