Le théâtre toujours vivant de la 4e Nuit des auteurs

Une douzaine de comédiens ont donné lecture de Lettres croisées, en présence de l’auteur Jean-Paul Alègre et de 80 spectateurs, samedi au Cinédix.

Elle gît quelque part dans un grand hôpital blanc où elle écoute du Mozart sur son baladeur. «J’ai un doute, un terrible doute. J’ai l’impression au fond de moi que mes jambes sont perdues», lance Ariane David la petite héroïne de Lettres croisées, une pièce de Jean-Paul Alègre lue samedi au Cinédix à l’occasion de la 4e Nuit des auteurs de théâtre. Sur la scène, la douzaine de comédiens réunis par Pierre-Marie Quesseveur sont tous vêtus de noir. Figés derrière leurs pupitres, ils s’échangent à haute voix des bribes de correspondance tour à tour mélancoliques ou drôles.

«Je te préviens, Henri, il fait 50 kg de plus que toi. Il a fait du judo avant d’être CRS et en plus il aime pas qu’on l’appelle Riri !», s’exclame furieusement Martine, à propos d’un soupirant imbécile et de son envoi épistolaire imprudent, surpris par le mari trompé. Au grand-père d’Ariane, le docteur Renaud écrit avec émotion que «Les jambes blessées de sa petite fille vont être amputées. Pour son bien». Sur son chevet, Ariane David a laissé une enveloppe manuscrite à la veille de l’opération. «Lettre à grand-père en cas de...»

Dans la salle, les 80 spectateurs applaudissent la performance des jeunes comédiens en herbe de Diwan mêlés à ceux de la compagnie Faltazia. «Au milieu de cette cour des miracles d’une extrême violence, il y a aussi de la tendresse», explique à son tour Jean-Paul Alègre, l’auteur de cette pièce pour 12 personnages en quête de grâce, ayant obtenu le Prix des auteurs de théâtre de la ville de Lyon, en 2003. «Habituellement, mes textes sont plutôt du côté du cirque et de la commedia dell'-


À cet emplacement figure la photo des comédiens lisant la pièce de Jean-Paul Alègre.

Les 80 spectateurs de la 4e Nuit des auteurs de théâtre, ont salué la performance des jeunes comédiens du lycée Diwan et de la compagnie Faltazia de Pierre-Marie Quesseveur. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


arte. J’ai écrit Lettres croisées après une visite au centre des blessés de la route de Kerpape, près de Lorient», indique l’auteur, en évoquant également la santé actuelle du théâtre. «Il y a désormais plus de spectateurs dans les salles pour voir nos pièces que dans les stades de Ligue 1 et 2 du championnat de foot», affirme-t-il à l’appui de sa qualité de nouveau président des Ecrivains associés de théâtre.

Une école de démocratie

«Nous recevons chaque année plus de 2 000 pièces au Théâtre du Rond-Point, siège de notre association d’écrivains», ajoute l’homme de théâtre pour témoigner de la vitalité d’un art que d’aucuns voient déjà moribond. «Non, le théâtre n’est pas mort. Mais il doit sortir de son nombrilisme et revenir à un certain classicisme», souligne également Jean-Paul Alègre, à l’attention d’une spectatrice professeure de lycée professionnel.


«Je suis d’accord avec vous pour dire que la scène de théâtre, la classe et les lieux religieux sont les derniers endroits sacrés de notre société.» Résidant dans le 93, «Dans un quartier environné de cités où brûlent fréquemment des voitures», l’auteur aux 25 pièces veut aussi croire aux vertus civiques de son art. «Le théâtre est une école de démocratie, d’écoute et de solidarité. Et dans les pays soumis à la dictature, ce sont toujours les premiers lieux d’expression fermés par le pouvoir», conclut-il.

Jean-Pierre Bénard

Chronique de la 4e Nuit des auteurs de théâtre organisée au Cinédix, le samedi 9 décembre 2006 à Carhaix (Finistère).

Tombé dans le chaudron du théâtre


A 20 ans il se rêvait en champion de pelote basque. «On peut faire carrière dans ce sport en allant aux États-Unis», confie l’auteur de théâtre Jean-Paul Alègre, en évoquant ses souvenirs d’étudiant français à l’université de Milwaukee, près de Chicago. Originaire d’une famille basque et féru de ce sport traditionnel, le jeune français doit pourtant renoncer très vite à cette destinée sportive toute tracée. «J’étais à 5 000 km du premier fronton ! Comme il n’y avait pas de pelote, j’ai coché la case théâtre sur mon dossier d’inscription. Et immédiatement, je suis tombé dans le chaudron d’une passion dévorante pour les planches.»

Revenu à Paris en 1970, Jean-Paul Alègre se retrouve tout naturellement embarqué dans le bouillonnement culturel et théâtral de ces années-là. «J’ai suivi le travail du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine pendant 3 ans», se remémore-t-il pour retracer aussitôt les premiers pas de sa propre compagnie. «Créé au lycée Paul-Doumer du Perreux, près de Nogent sur Marne, où l’on avait besoin d’un animateur de théâtre pour le foyer socio-éducatif.» Pendant une vingtaine d’années, la troupe du Fil d’Ariane prospère en Ile-de-France avec des hauts et des bas. Jusqu’à ce jour de 1988 où la vie du metteur en scène bascule. «J’avais retenu le Centre culturel du Marais à Paris afin de monter une pièce peu connue de Samuel Beckett, dont la création m’a été finalement refusée.»

Pour sauver les meubles, il écrit en toute hâte Écoute le bruit de la mer, son premier texte dramatique. «Ma carrière d’auteur a alors brutalement explosé.» Édités par la prestigieuse maison de l’Avant-Scène, ses textes sont bientôt joués partout en Hollande, en Côte-d’Ivoire, au Japon, au Brésil et dans le Maghreb. Depuis, Jean-Paul Alègre a décidé de devenir un militant du théâtre pour continuer de mériter ce formidable coup de pouce du destin.


À cet emplacement figure la photo de Jean-Paul Alègre.

Jean-Paul Alègre, président des Écrivains associés de théâtre, est aussi l'un des auteurs dramatiques les plus joués en France. (Photo : droits réservés).


«J’ai le sentiment d’avoir été vraiment privilégié. D’où mon engagement auprès des Écrivains associés de théâtre dont je suis devenu le président en juin dernier. Pour redonner à ceux de mes collègues qui en ont besoin, un peu de cette chance qui a été la mienne.»

Un militant du théâtre

Devenu aujourd’hui un des auteurs les plus joués, ce passionné des coulisses du théâtre l’affirme haut et fort. «Il y a un grand fourmillement et beaucoup de jeunes auteurs, alors que l’image du théâtre est celle d’un art vieillissant.» A l’opposé des nouvelles technologies jouissant d’un pouvoir de séduction ravageur auprès des jeunes générations, rivées à leurs écrans et autres consoles de jeux. «Le théâtre ne leur apparaît pas aussi magique qu’il a pu l’être pour nos parents et pour nous-mêmes», constate-t-il.


Pourtant, l’auteur dramatique aux 25 pièces jouées et traduites dans 35 pays autour du monde en est sûr. «On peut les détourner de leurs écrans à condition qu’on leur fasse savoir que le théâtre, c’est bien. Mais attention, prévient-il. Il faut aussi leur montrer que le théâtre ça se mérite et que l’on peut retirer beaucoup de plaisir à être avec les comédiens par le silence.»

Samedi soir la 4e Nuit des auteurs de théâtre a été pour Jean-Paul Alègre l'occasion d'une nouvelle rencontre avec le public. «Et avec ces militants du théâtre dont Pierre-Marie Quesseveur et son équipe font partie. C'est une façon pour moi de rendre hommage à leur travail et à tous ceux qui mouillent leur chemise au jour le jour pour monter nos pièces.»

J-P.B

  • Article d'annonce de la 4e Nuit des auteurs de théâtre organisée au Cinédix, le samedi 9 décembre 2006 à Carhaix (Finistère).


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