Le Grand Joe renaît de ses cendres, rue Mauviel

Après l’incendie désastreux du 14 juin 2008, la rue Gaspard Mauviel, à Carhaix, renoue peu à peu avec l’activité commerciale. Samedi 23 janvier 2010, Joseph Ropars a enfin ouvert sa crêperie : Au Grand Joe, installée au n° 6.

La devanture affiche des promesses de bons vins et de cuisson au chaudron. À l’intérieur, des senteurs de bois teinté d’huile de lin, de cuisine à l’ancienne et de sièges drapés de velours rouge profond, se disputent les sens du visiteur sous un superbe plafond ancien de poutres en bois.

Pourtant, Au Grand Joe, la nouvelle crêperie ouverte samedi prochain au 6 de la rue Gaspard Mauviel, revient de loin. « Tout était foutu. La toiture avait brûlé. Mes tableaux et mes meubles avaient pris l’eau et il a tout fallu faire sécher pendant des semaines », confie Joseph Ropars, l’initiateur de ce nouveau lieu de restauration, tout droit sorti de son goût pour les années cinquante et les murs chargés d’histoire.

Au quart de tour

Malgré la violence du brasier de juin 2008 et le coup du sort infligé à son établissement, alors sur le point d’ouvrir, Joseph Ropars n’a pas baissé les bras. Loin de là. « Quand j’ai vu ça, j’ai réagi au quart de tour, assure-t-il aujourd’hui. Je ne suis pas resté à pleurer et à lambiner et j’ai monté moi-même mon dossier d’assurance, sans le secours d’aucun expert ou avocat. »

L’homme a visiblement du caractère et de l’énergie. Et son enfance paysanne vécue au pied des Monts d’Arrée n’y est sans doute pas pour rien. « J’ai de beaux souvenirs du travail à la ferme, se remémore-t-il. Les gens se parlaient et, l’été, les jeunes revenaient de la ville pour aider leurs parents aux travaux des champs. »

« Si c’est nickel, je laisse tel quel »

Depuis l’incendie, Joe Ropars a réinvesti le local de la rue Gaspard Mauviel avec son courage et ses deux mains.


« J’aurais voulu être musicien de blues ou de rock », confie aussi Joseph Ropars, qui fera, samedi soir, ses gammes de crêpier en jouant de ses biligs installées au 6 de la rue Gaspard Mauviel, et à l’enseigne de sa crêperie du Grand Joe. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


Les cadres métalliques ou la superbe applique murale de la déco ? « C’est de la récup, révèle le crêpier au tempérament d’artiste. Du métal parfois retravaillé. Parfois non. Si c’est nickel, je laisse tel quel. » Le plancher aux lames épaisses et costaudes comme les épaules d’un scieur de long ? « Un souvenir de mon travail dans une ferme du Jura, explique Joe. J’ai apporté les arbres choisis par moi-même dans une scierie qui a débité ensuite, selon mes indications, les planches de plus de 6 m de long. »

« Crêpes style montagne »

Au final, un travail de remodelage respectueux du lieu et de son histoire. « C’est plus réussi et beaucoup plus confortable que la première mouture, avoue-t-il. Avant, cet endroit était un ancien commerce dans les années cinquante. Ça a beaucoup de valeur pour moi et j’ai une grande admiration pour ces années-là. »

Samedi soir, Joe officiera derrière le comptoir pour la confection des crêpes.


« Avec des produits frais et pour des crêpes au style montagne ou provençal. Quant à Rachel Cardin, elle cuisinera des pommes de terre au lard sur la grande cuisinière au bois et ma carte des vins devrait satisfaire tous les goûts, avec une trentaine de crus différents. »

30 à 50 couverts

De ce lieu spacieux, prêt pour offrir 30 à 50 couverts - « et où tout le monde peut se voir et échanger » -, Joe espère que ses futurs clients retireront, au sortir de leur repas, « le sentiment d’avoir traversé un bel après-midi d’été. C’est ce que j’ai voulu faire, assure-t-il. Et je suis impatient de voir comment les gens vont réagir ».

Jean-Pierre Bénard