Leur trio fait vibrer les 300 spectateurs du Glenmor

Le retour triomphant des bons bardes


Dimanche, le festival Dre ar wenojenn a connu des lendemains qui chantent avec le spectacle bien rôdé de Kan tri. Le trio de violoneux troubadours à la mode bretonne a fait un joli retour sur la scène du Glenmor, devant un large public familial littéralement aux anges.

«Elle avait des yeux de braise... Atao», murmure Mélaine Favennec, en barde polisson visiblement ravi du calembour bilingue. Dans la salle, on comprend le breton et on ne doute pas un instant que ces trois lascars grisonnants soient en amour avec la Bretagne pour la vie. D’ailleurs, ils le disent. «On a tous au fond du cœur une vallée du bord de mer à laquelle on rêvera toujours.» Sourires aux lèvres, violons posés sur l’épaule, les trois gaillards enchaînent une ritournelle composée sur la mobylette de Mélaine Favennec. «Bras dessus, bras dessous, claque du pied et du talon.»

Les refrains sont calibrés comme autant d’invites à la reprise en chœur par les spectateurs. Dans la salle, les gamins connaissent la chanson sur le bout des lèvres et frappent dans leurs mains. Sur la scène, Patrick Ewen se démène en amoureux transi prescripteur des Monts d’Arrée. «Nos hautes terres de 3870... décimètres d’altitude», ironise-t-il, en manière d’autodérision à sa passion immodérée pour les crêtes granitiques de Roc Trédudon.


Patrick Ewen, Gérard Delahaye et Mélaine Favennec, les trois bardes de Kan Tri, ont conquis le public du festival Dre ar wenojenn, dimanche, à l’espace Glenmor.


Le ton se fait plus grave à l’évocation des souffrances de la soldatesque, objet de tant de complaintes traditionnelles en Bretagne et ailleurs.«Malheur à ceux qui envoient à la guerre, des pauvres gens contre des pauvres gens», lancent-ils, en entonnant d’une voix forte «soldat d’Algérie».

L'héritage des sveltes

Avec leur archet magique, ces trois-là vous transforment un trio de violoneux luthériens des îles Shetland en elfes méridionaux bondissants. «C’est l’héritage des sveltes», blaguent-ils, en reprenant leur souffle. Pris entre la nostalgie de leurs premiers émois amoureux et la Breizh militante de leurs


jeunes années, les bons bardes bretons n’oublient pas non plus de vilipender la « koc’h ki du», des marées pétrolières d’hier et d’aujourd’hui. «De la lune à la lune, les continents se perdent», concluent-ils enfin, en reprenant à leur compte la Bretagne rêvée de Dan ar Braz sur un ultime rappel.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert donné le dernier dimanche de novembre 2003 à l'Espace Glenmor de Carhaix.