Karl Gouriou, le saxophoniste qui côtoie les anches

Professeur à l’école de musique de Spézet (Finistère), Karl Gouriou est aussi un des saxophonistes de l’Orchestre de jazz de Bretagne. Rencontre avec un centre-breton fou de swing.

Au jour de sa naissance, un saxophone baryton, une clarinette et une guitare veillaient déjà sur son berceau. « Je suis issu d’une famille de musiciens. D’avoir un grand-père saxophoniste baryton dans l’harmonie municipale de Lamballe, un oncle clarinettiste et un père guitariste, ça m’a toujours donné envie de faire de la musique », confie aujourd’hui le saxophoniste Karl Gouriou au souvenir de ses premières gammes de jeune musicien.

« Mon père, Joël Gouriou, est né à Carhaix. Avec son frère, clarinettiste et saxophoniste, il animait des bals entre deux descentes au fond de l’ardoisière de Maël-Carhaix. Au plus fort de la vague Stivell des années 70, raconte aussi le saxophoniste, c’est lui qui m’a mis un tin-whistle (*) entre les mains en m’accompagnant sur des airs irlandais en vogue à l’époque. »

Un graal inaccessible

Entre musique de baloche et folk celtique, les harmonies be-bop sussurées par le saxophone de l’oncle ont vite la préférence des oreilles du jazzman en herbe. « C’était un fou de jazz. Un admirateur de Chick Corea, Miles Davis et Sonny Rollins et je n’avais qu’une envie : jouer du saxophone comme mon oncle. »

Un instrument roi du jazz, aux allures de graal inaccessible pour le jeune Karl Gouriou. « À l’époque, on vous apprenait la clarinette avant le saxophone, explique le musicien. C’est un instrument difficile. Il n’y avait pas de prof à Carhaix et j’ai rapidement laissé tomber avant que mon oncle ne me donne enfin son saxophone, trois ou quatre ans plus tard. »

« Une culture jazz incroyable »

Pendant plus d’un an, le saxophoniste adolescent fait ses gammes en autodidacte et se produit au Tan Dehi, la crêperie


Le saxophoniste Karl Gouriou a vécu une partie de son enfance à Persivien (Carhaix). Il vient d’enregistrer Tamm-ha-tamm, un inédit qui figure sur l’album des 30 ans de carrière du guitariste Soïg Sibéril, à paraître en juin prochain. (Photo : © J-P. Bénard)


de Brigitte et Jean-Yves Le Corre, alors ouverte sur la route de Callac. Ce qui lui vaut de rencontrer Pierre Bannelier. « Un musicien venu de Paris. Il avait une culture jazz incroyable, se remémore Karl Gouriou. J’ai commencé à travailler avec lui. Il connaissait Eddy Louiss, Pierre Cullaz et accompagnait Gilbert Bécaud ! »

Grâce à l’entremise de ce premier initiateur, le jeune saxophoniste s’inscrit au Cim. « L’école de jazz et des musiques actuelles à Paris, où j’ai intégré la classe de Jean-Claude Fohrenbach. » Un professeur émérite, véritable alter ego de Pierre Bannelier avec lequel Karl Gouriou s’entend à merveille. « C’était une star du jazz des années 50. Un jour, dans un club de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, où il accompagnait les plus grands noms du jazz, il a même vu débarquer Charlie Parker. »

« Le King super 20 »

Depuis 20 ans, à l’image des professeurs de ses débuts, le saxophoniste centre-breton n’a plus jamais cessé de côtoyer les anches en s’ouvrant également à tous les styles.


« J’ai joué avec les guitaristes Soïg Sibéril et Jacques Pellen qui sont tous les deux des traits d’union entre musiques trad, world et jazz. »

Familier à l’occasion des Village Vanguard, Birdland ou Blue Note, les clubs new-yorkais où se produisent les grands noms du jazz américain comme son modèle, David Binney, Karl Gouriou est aussi membre de l’Orchestre de jazz de Bretagne depuis août 2009. Son sens de la mélodie et son goût du swing s’y expriment sur les compositions de Charlie Mingus, Bill Evans ou encore Sonny Stitt. Sans que jamais le King ne le quitte. « Je suis allé tout exprès l’acheter à New York, raconte le musicien avec émotion. C’est un saxophone alto comme tous les musiciens rêvent d’en avoir un : le King super 20, un modèle d’instrument fabriqué spécialement pour Charlie Parker en 1947. »

Jean-Pierre Bénard

(*) Tin whistle : flûte irlandaise.

Portrait du saxophoniste de jazz Karl Gouriou écrit et publié le 9 mai 2012.