Katell, étincelle fantasque de la poésie ailée

Dimanche, la conteuse centre bretonne a embarqué les 250 spectateurs du Glenmor dans un collage poétique bariolé et ininterrompu de deux heures vingt.

Un roulement de tambours et trompettes gronde sur le plateau de l’espace Glenmor. «Chiche !» lance soudainement Katell, la conteuse, en passant sa tête dans le rideau de fond de scène. «Trouer le noir avec des mots ! Manger l’ombre des cieux pour que fleurisse la lumière !», s’exclame-t-elle d’une voix extatique, en glissant sa silhouette vêtue de rouge sur les harmonies d’une fanfare champêtre. «La poésie, au fond, qu’est-ce que c’est ? Poésie ! Poésie ! Ah, au fait, j’espère que Raymond Queneau est dans la salle !», poursuit-elle allégrement à propos d’un des poètes fondateurs du mouvement surréaliste. «Prenez un mot, prenez en deux, faites les cuire comme des œufs», psalmodie Katell en évoquant ces strophes poétiques, souvent reprises par chœur sur les bancs de la primaire.

«Laissez venir à moi tous les chevaux et toutes les femmes !», continue la diseuse fantasque au souvenir du poète Breton René-Guy Cadou. «Mort au premier jour du printemps. Et le 21 mars, on fait la Fête de la poésie en attendant les subventions ! Le reste du temps ? On regarde la télévision !», ironise-t-elle également, en dansant autour d’un petit cheval de peluche blanc, baignant dans la lumière crue d’un projecteur d’avant-scène.

Maelström ludique

Aux côtés de Katell, le tin whistle de Yannig Jory exhale bientôt une douce mélodie maritime. «C’est l’histoire du naufrage extraordinaire d’un capitaine, ensablé avec les bagues qu’il porte à l’annulaire», lance la conteuse, quittant un instant les rivages de la poésie pour un récit inspiré du conteur Anatole Le Braz.


À cet emplacement figure une photo de Katell tendant les bras vers Pegase.

La conteuse Katell a offert aux spectateurs du Glenmor un final en forme d'ultime étincelle poétique avec un Pégase ailé descendant des cintres. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


«Ça vaut dix fois Luc Besson !» s’exclame Katell en saisissant la main d’une jeune spectatrice. «Tu es Mona de Panranthoën ! ? Ce n’est plus une anonyme, la fille du 12e rang !», lance-t-elle hilare, tout en distribuant au passage les rôles d’un scénario bâti avec la participation des spectateurs. «La suspicion, c’est comme une serpillière. Ça met du noir partout», indique-t-elle aux femmes du public, en leur suggérant d’imiter du bout des lèvres, les commérages d’après naufrage des femmes de marins-pêcheurs. L’accordéon de Robert Kervran lâche à son tour une gavotte fisel. Le public marche, se marre, et applaudit les candidats comédiens pris dans le maelström ludique fomenté par Katell.

La conteuse manque pourtant de se perdre dans les sables et appelle bientôt Xavier Grall à la rescousse, avec Terre des dunes. «Vous ne pouvez pas me connaître. Je demeure dans la voix des bardes.»


Passant impromptu de Henri Michaux à Pierre-Jakez Hélias, d’un conte africain emprunté à Tahar Ben Jelloun aux mots bleutés de la poétesse Libanaise Nadia Tuéni, Katell offre enfin une ultime étincelle poétique avec un majestueux Pégase ailé descendant des cintres. Les 250 spectateurs sont ravis. Et Katell les remercie. «Je remercie aussi l’adjoint qui a dit que : «Si elle a 26 spectateurs ce sera bien». C’est dommage qu’il ne soit pas venu. Avec lui on aurait été 27.»

Jean-Pierre Bénard

Chronique du spectacle de la conteuse Katell : «Je suis belle une fois par an. Vous tombez bien, c'est aujourd'hui !», donné à l'espace Glenmor de Carhaix(Finistère), le 1er avril 2007.