Katell, la wallonne raccommodeuse de rêves

La conteuse préside aussi le jury du Prix de la poésie 2005 de Carhaix.


Elle est née en Wallonie. «Un pays plus petit que la Bretagne, où l’on peut trouver une cinquantaine de Maisons de la poésie». Un jour, l’institutrice Freinet de Waterloo a posé ses valises en Centre-Bretagne, chez Milig Ar Skanv. «C’était un peu le Roi soleil. Il m’écrivait des textes et me disait : " donne ta voix, Katell ! "». De la voix, il en fallait sans doute beaucoup pour oser se mesurer au verbe haut de Glenmor, le barde Breton fort en gueule. «Je lisais des textes de Morvan Lebesque. J’avais besoin d’audace, même si je disposais d’un public grâce à lui».

Son histoire d’amour avec Glenmor ? «Maintenant, ce n’est plus si grave, ni si triste, d’avoir été la femme d’un barde tel que lui. Il est mort, privé de souffle, comme si les dieux avaient voulu le punir d’avoir tant gueulé», se remémore-t-elle, à propos d’un passé désormais éloigné et souvent méconnu aujourd’hui. «Je veux malgré tout rester fidèle à mes coups de gueule», affirme-t-elle, également, en évoquant le tragique révoltant des prises d’otages. «Et si on lâchait des ballons-poèmes jusqu’en Colombie pour faire rêver Ingrid Bettancourt ?», lance-t-elle, en déclinant sa foi confiante et jubilatoire dans la force miraculeuse de la poésie. «C’est ce qui me fait tenir debout. Sinon, je serais au fond du puits».

Lectrice assidue de Nazim Hikmet et de Mikis Théodorakis, elle se sent concernée par les souffrances des minorités partout dans le monde. «Je m’intéresse aussi aux historiettes nourricières de mon imaginaire, puisées dans la lecture quotidienne du journal». Un vrai livre de vie, lui permettant de raccommoder le monde selon ses rêves. En battant les estrades de son verbe coloré, vêtue de costumes extravagants qu’un Magritte, même couturier, n’aurait jamais oser imaginer. Histoire d’oublier aussi la précarité dévoreuse des saltimbanques désargentés. «La richesse ? Elle me vient de mes petits frères en béatitude. Les anonymes, dont on ne parle jamais. Tu rentres chez eux et tu retrouves Jean Giono».


À cet emplacement figure une photo de Katell tendant les bras vers Pegase.

Katell, conteuse nourrie aux sources de la poésie surréaliste, est la présidente du Prix de la poésie du salon 2005 du livre de Carhaix. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


Katell, la conteuse de spectacles pour enfants, fait aussi de la poésie transfrontière, entre Côtes d’Armor, Finistère et Morbihan. «Une fois par mois, l’hiver dernier, j’ai donné une série de spectacles intitulés : Les 5 saisons». Un spectacle produit avec la Communauté de communes du Kreiz-Breizh, dans des granges devenues le théâtre sonore de fêtes païennes et poétiques. «Je me suis inventé ça pour ne pas quitter la région. Je m’amenuise. Je ne peux plus bouger comme avant. C’est quand même un peu de mélancolie», avoue-t-elle. Elle a joué récemment au Carré de Lannion, devant 600 personnes.

Une Maison de la poésie

«Je me sens tout le temps en recherche. Pas besoin de fumer un pétard. La poésie me suffit. Quand tu dis de la poésie, tu es tout le contraire d’un pauvre type : tu trouves le souffle, le plaisir de dire. Tu rayonnes. Il faudrait remettre au goût du jour les concours de déclamation. Créer des arbres à poèmes. Tu appuierais sur un bouton, et l’on entendrait Vaclav Havel». Il y aurait urgence, selon elle, à ce qu’on accorde des crédits pour une maison de la poésie. «Un hangar tout simple. Avec une lumière, tout de même, pour faire des dimanches de la poésie et lire des poèmes sur la Tchétchénie».


Katell a aussi un projet de livre sur la pie Gwen-ha-du. «Elle veut devenir griot et en a ras-le-bol d’être noire et blanche». Écrit un 4 janvier, il y a deux ans, elle a travaillé sur ce livre pendant une année. «Les pies ? Elles sont indécentes, emmerdantes et belles. Je me sens comme elles».

Amoureuse de la poésie, auteure de Une goutte d’eau a fait déborder la mer, un grand conte-voyage enregistré sur CD avec Sterenn, sa fille, Katell, la conteuse, a gagné assez de reconnaissance, malgré tout, pour être la présidente du jury du Prix de la poésie du prochain salon du livre, fin octobre, à Carhaix. «Être née Belge, au pays des surréalistes et de la poésie. C’est ça qui m’a sauvé», conclut-elle.

Jean-Pierre Bénard

Portrait de la conteuse Katell initialement publié à l'occasion du Festival du livre de Carhaix(Finistère), en novembre 2005.