Devant un public de 250 passionnés à l’Espace Glenmor

Le charme étoilé de la danse Kathak


Dimanche, la danse classique de l’Inde du Nord a fait son entrée sur la scène de l’Espace Glenmor, à l’occasion de la venue des danseurs étoiles du genre : Shamila Sharma et Shri Rajendra Kumar Gangani. Les deux artistes de la danse Kathak ont déployé toutes les ressources de leur art devant un large public de connaisseurs et de passion- nés.

Sans se départir de son sourire, Shamila Sharma, la danseuse étoile venue du Rajasthan, file comme l’éclair sur la vaste scène du Glenmor. Cadencés par les vives envolées mélodiques des tablas de Fateh Sing Gangani, les pieds de l’artiste claquettent le sol en reprenant note pour note les broderies rythmiques des percussions. «Tes trois yeux sont le soleil, la lune et le feu. Tu es vêtue d’une peau de tigre. Ton cou et ta taille sont ornés d’un serpent», lance, au micro, une élève française de la chorégraphe indienne, avant que Shamila Sharma ne nous conte elle-même, quelques-unes des aventures mythologiques des dieux de La Trinité Hindoue.

Enchaînant avec une précision et une virtuosité digne de ses modèles divins, les gestes codés des mains et les expressions du visage, la chorégraphe se fait aussi musicienne. D’un martèlement sec et rapide, la danseuse agite ses pieds, les chevilles bardées de sonnailles métalliques. Le timbre aigu et foisonnant des grelots entame un dialogue paroxystique avec le velouté des tablas.


Shamila Sharma et Shri Rajendra Kumar Gangani, danseurs indiens venus du Rajasthan, ont rivalisé de virtuosité chorégraphique, dimanche, à l’Espace Glenmor.

Bustier serré, jupe ample et colorée de mauve relevée sur ses chevilles sonores, Shamila Sharma délivre avec rapidité une gestuelle toute en grâce et en émotion maîtrisée. Les pirouettes tourbillonnantes succèdent aux élancements de ses bras et aux mouvements graciles des mains.

Les fils du jeu amoureux

«L’amour est un cadeau si précieux que je ne peux le refuser», dit une poésie moghole entendue au micro. Avec son partenaire, Shri Rajendra Kumar Gangani, redingote sur les épaules et taille nouée d’une ceinture de tissu, la danseuse tisse aussi les fils invisibles des sentiments et du jeu amoureux, dont elle voile les audaces érotiques en cachant, un instant, son visage au creux de ses mains.

Parfois figés dans des poses évoquant la statuaire des temples indiens, les deux artistes formés à l’école de la danse Kathak (histoire, conte en sanscrit), ont alterné compositions élaborées et improvisations chorégraphiques impressionnantes de technicité et d’énergie porteuse d’élan spirituel.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du spectacle donné le dimanche 21 décembre 2003 à l'Espace Glenmor de Carhaix.