Nolwenn Korbell a donné un concert devant 300 spectateurs au Glenmor

La chanteuse aux pieds agiles


Dimanche, Nolwenn Korbell est revenue pour un nouveau concert sur la scène de l'espace Glenmor, deux ans après le lancement de N'eo ket echu, son premier album édité chez Coop-Breizh. En compagnie de ses amis musiciens, la chanteuse bretonnante a séduit le public carhaisien, en donnant un nouvel aperçu de ses talents d'auteure et d'interprète désormais rodée au métier de la scène.

Sa chevelure blonde inondée de lumière tombe en cascade sur ses épaules. «Ha padal, 'peus ket sellet deusouton, Ha padal, 'peus ket gwel' ac'hanon. Et pourtant tu ne m'as pas regardée, et pourtant tu ne m'as pas vue», lance, avec force, Nolwenn Korbell, du haut de sa silhouette tout de noir vêtue . «Quand on aime sans être aimé en retour, ça fait mal», explique-t-elle, égale- ment, en français, au détour de ce refrain d'amour déçu souligné par la basse décidée de Tangi Le Doré.

«Mont a ra mat, tud eus Karaez ? Comment allez-vous, gens de Carhaix ?», demande la chanteuse, en breton, visiblement ravie d'être à nouveau au contact de son public sur la scène de l'espace Glenmor. «A-benn dimerc'her e yin d'ar foar. Ha me 'breno ur gwazig. Bouch ha flour a ray ma gwazig. Mercredi, j'irai à la foire, et je m'achèterai un homme qui me fera bisous et caresses», chante-t-elle, aussi, avec la chanson de la fille qui n'avait rien, une petite ritournelle obsédante aux allures de comptine enfantine.


Nolwenn Korbell a chanté, dimanche, devant un public carhaisien conquis par ses qualités d'interprète et la finesse des arrangements de Frédérique Lory et Tangi Le Doré.

Au glockenspiel, sorte de grand xylophone au son puissant et timbré, Huggo Le Hénan donne de mystérieuses sonorités métalliques au décompte des jours égrené par Nolwenn Korbell. «Ar Capten yn crio, drop fap o'r hen fyd, et le capitaine pleurait sur la carte du vieux monde», lance-t-elle, en langue galloise, avec cette complainte d'adieu douloureux au pays que l'on aime.

Fête tzigane

Jouant sur des climats mélodiques contrastés et des histoires au goût de gwerz tragique, l'artiste s'élance également sur les traces de 3 jeunes filles parties au pardon de la Trinité. «Spontus !», s'écrie-t-elle, à propos de ce fait divers sanglant de la chronique locale bretonne.

D'une chanson en hommage à sa grand-mère bretonnante, Nolwenn Korbell passe d'un pied agile aux refrains évoquant ces petites croyances quotidiennes, qui aident à tenir bon sans savoir toujours où l'on va. «Où mes pieds, où ma bouche et ma tête me mèneront-ils ?», s'interroge-t-elle, quand les arrangements tissés par la pianiste Frédérique Lory prennent soudain des airs colorés de fête tzigane sur Termaji, une de ses nouvelles chansons.

«Kousk ma mabig. Dors mon fils», sussure-t-elle, également, alors qu'un crépus- cule de théâtre glisse doucement sur ses épaules et que le piano se fait plus câlin. D'une voix cristalline, en ultime rappel lancé a cappella, Nolwenn Korbell subjugue les spectateurs avec «Dafydd y garreg wen, David la pierre blanche», une magnifique mélodie galloise du 17e siècle, arrangée, en son temps, par le compositeur Benjamin Britten.

A l'issue de son concert, Nolwenn Korbell a sacrifié au rituel de la dédicace des affiches et des cédés tendus par ses admirateurs.

Et devant l'énergie d'une chanteuse déployant le savoir faire scénique d'une Kate Bush des grands jours, on se prend à rêver, soudainement, d'une Nolwenn Korbell en tête d'affiche de la première comédie musicale en langue bretonne.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert donné par Nolwenn Korbell, le dimanche 13 novembre 2005 à l'Espace Glenmor de Carhaix, (Finistère).

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