Samedi, Kreizhiver a rassemblé plus de 400 spectateurs au Glenmor

Une dégelée hivernale de métal hurlant


Samedi, Sortilège asso a rassemblé plus de 400 jeunes spectateurs à l’Espace Glen- mor, à l’occasion de la 3e édition de Kreizhiver. Un pari réussi, pour ce fol hiver rock imaginé par Olivier Akik et rythmé par les créations centre bretonne de La Quin- caill’Cie et d’Em Pulse, ou le rap de l’Armée du vers. Sans oublier la furieuse dégelée hivernale de métal hurlant orchestrée par In Memorium et Tagada Jones.

Des échantillons d’images animées façon Wallace et Gromit diffusent un érotisme de pâte à modeler entre deux mangas saccadées de Miyazaki. «On est dans du live, et le mixeur d’images improvise au fur et à mesure sur les samples de DJ Pusher», confie un des organisateurs bénévole de Kreizhiver. Dans la salle, le public des jeunes kreizhiveriens s’avance en s’accommodant peu à peu de la demi-obscurité et du plancher de l’Espace Glenmor.

«Tuméfié par les coups et le sang, je me jetterai de l’avant.» Bonnet sur la tête et lunettes noires, Gwen Quémé- ner scande à son tour les années malaisées d’une jeunesse centre-bretonne. «La vie dans le Kreiz Breizh est-elle à l’aise ?», lance-t-il, sur la symphonie des samples travaillés par Steph De Vito, l’ex-bassiste d’Are Yaouank et les scratches distillés par Julien, le DJ landernéen. Avec leur rap nourrit d’une révolte abrupte, les musiciens d’Em Pulse affrontent la scène pour la première fois à l’invitation de Kreizhiver. Pourtant, ils semblent bien avoir déjà trouvé leurs marques.


Au sortir de Kreizhiver, les hard-rockeurs rennais de Tagada Jones ont distillé une furieuse dégelée de métal hurlant, sans compromis, ni fioritures.


«C’est tout neuf. On n’a que 8 morceaux en répertoire, mais notre travail est le résultat d’une rencontre humaine intense», confie Gwen, visi- blement ravi de l’expérience. «Ça bouge bien, et c’est bien en place», complimente, de son côté, Lomig, un jeune spectateur habitué des concerts du Glenmor.

Méphisto hard-rockeur

Déjà, le plancher tremble sous les pieds. Crâne rasé, boucles d’oreilles et barbiche en pointe, le guitariste d’In Memorium a des airs de Méphisto hard-rockeur. Il balance, avec ses potes musi- ciens, un dark métal à faire péter les lanières de la camisole du bonhomme fou de Kreizhiver.

La sérénité viendrait-elle des femmes ? Emmenées par


Séverine Valomet, vêtues et enturbannées de noir, les quatre artistes de La Quincaill’Cie arborent des loupiotes façon mineur de fond. Elles offrent une respiration délicieusement bien- venue, entre danse contem- poraine et arts de la rue, sur fond de cordes enregistrées.

En dénonciateurs survoltés et enragés d’une «télé néo-libérale débilitante», les hard-rockeurs militants de Tagada Jones referment, pour leur part, le bel et fol hiver de Sortilège asso, en laissant, derrière eux, le souvenir cuisant d’une furieuse dégelée hivernale de métal hurlant.

Jean-Pierre Bénard

Chronique de la 3e édition de Kreizhiver, la soirée rock organisée par Sortilège asso le samedi 26 février 2005 à l'Espace Glenmor de Carhaix, (Finistère).