Krismenn : « Relever le beau défi de la gwerz électro »

Le chanteur centre-breton Krismenn vient de recevoir les prix de l’Adami et du magazine Mondomix, lors du 10e festival Babel Med Music à Marseille. Rencontre avec cet artiste de hip-hop bretonnant.

Il a fait ses classes de batteur de caisse claire dans le bagad de Plougastell-Daoulas. « J’avais 16 ou 17 ans et, comme tout le monde, j’écoutais en boucle le groupe Ar Re Yaouank qui écumait les festoù-noz à cette époque-là », confie Krismenn, alias Christophe Le Menn, devenu depuis, l’un des chanteurs de kan-ha-diskan façon hip-hop les plus en vue de sa génération. « J’ai toujours aimé chanter », insiste le jeune artiste centre-breton de 33 ans qui découvre bientôt le couple des frères Quéré, à l’occasion d’un fest-noz. « La puissance et l’authen- ticité de leur chant ont été une révélation pour moi. »

Kan-ha-diskaneur en herbe

Christophe Le Menn a 18 ans et sa nouvelle vocation de chanteur s’impose avec la force d’une évidence. « Je suis venu de plus en plus souvent en Centre-Bretagne, pour y écouter et apprendre le kan-ha-diskan auprès d’anciens chanteurs », raconte-t-il aujourd’hui.

Pourtant, à l’époque, le kan-ha-diskaneur en herbe ne parle pas un traître mot de langue bretonne. « Comme tous les Bretons de mon âge, avoue Krismenn avec une pointe de regret, j’ai des grands-parents qui parlent le breton... et des parents auxquels la langue n’a pas été transmise. »

Premier prix au Kan-ar-Bobl

Du coup, l’apprenti diskaneur met les bouchées doubles et se lance à son tour dans le tourbillon des festoù-noz. « On apprend au fur et à mesure », glisse-t-il modeste- ment. En 2002, son talent naissant lui vaut de décrocher le graal des amoureux de la culture bretonne : « J’ai eu le premier prix du Kan-ar-Bobl (chant du peuple, en breton), au Huelgoat. C’est le truc que tous les chanteurs veulent avoir, sourit Christophe Le Menn. Ça motive les jeunes. Mais l’important, c’est le travail que


« Pour moi, dit aussi Krismenn, le plus important c’est le chant et la langue bretonne. Il faut avoir une culture d’origine très solide avant de vouloir se frotter à d’autres esthétiques et de tenter une fusion entre musique traditionnelle, électro et hip-hop. » (Photo : © Jean-Pierre Bénard)


chacun aura pu faire en amont du prix. »

Les Balkans et l’Inde

Dès lors, impossible de ne pas croiser la route d’Erik Marchand. « J’ai intégré la première promotion de la Kreiz Breizh Akademi en 2003. Une période exceptionnelle », se souvient le hip-hoppeur bretonnant qui découvre aussi au fil de ses voyages, les polyphonies des Balkans et la musique classique de l’Inde, après avoir vécu un temps à Montréal (Québec), au contact du rap nord-américain.

Depuis, lesté de ce solide bagage culturel, Christophe Le Menn a laissé prospérer ses racines bretonnes dans une carrière solo prometteuse. « J’avais envie de proposer quelque chose de différent », résume-t-il modestement à propos d’un univers personnel qui a fait mouche auprès des professionnels de la musique et des médias, réunis le 23 mars dernier au Babel Med Music, à Marseille.

Un coup d’accélérateur

Sélectionné parmi plus de 1 000 candidatures, Krismenn vient en effet de recevoir le prix Adami des musiques du monde


et le prix du média spécialisé Mondomix 2014, « pour son travail de défrichage, l’originalité et la sincérité de la fusion qu’il propose entre chant traditionnel, gwerz et hip-hop ». De quoi donner un sérieux coup d’accélérateur à la jeune carrière du centre-breton. « Avec Alem, mon compère lyonnais, vice-champion du monde de human beatbox 2012 et champion de France de Beatbox 2013, nous allons jouer cette année en Belgique, au Portugal, au Québec et à La Réunion. »

Gwerz pour 3 000 personnes

En fin de semaine, le public nantais de l’Eurofonik 2014 pourra découvrir à son tour le kan-ha-diskan mâtiné d’électro de Krismenn. « Chanter des gwerzioù devant 3 000 personnes, pour un public fan de musiques électroniques, c’est un peu angoissant. Mais c’est aussi un beau défi à relever », glisse l’artiste en souriant. Heureux de la nouvelle visibilité apportée par ces deux prix, Krismenn peut aussi envisager l’avenir avec optimisme et nourrir d’autres projets. « Avec un premier vrai disque enregistré en studio en 2015. »

Jean-Pierre Bénard


Portrait de Krissmenn, artiste de hip-hop bretonnant, paru le 9 avril 2014.