Belle et Bête de comédie à l’espace Glenmor

Dimanche, les 11 comédiens amateurs du Théâtre de l’Arche ont présenté leur dernière création inspirée d’un conte populaire.


Le cheveu blanc et rare, nez poudré d’une poussière de vieux grimoire entrouvert, un récitant rhumatisant plante le décor en bord de scène. «En une bonne ville du royaume de France, il y avait un marchand. Lequel était veuf et avait 3 filles», chevrote maître Alcofibras, vite bousculé dans son préambule oiseux par Fagote et Flipote. «Deux des filles du bourgeois, connues pour leur grande provision de sottise.»

En catimini, Ragotin et La Vallée échafaudent des plans de drague mirifiques pour sortir de la misère. «Hélas ! Adieu la dot ! Les 2 péronnelles sont trop sottes !», s’exclame le duo de routards saltimbanques, à propos des 2 garces perruquées qu’on dirait tout droit sorties de Cendrillon. Au coin d’un bois, les 2 comédiens ratés détroussent le vieux marchand insouciant, sellé sur un cheval de commedia dell’arte. «C’est l’heure du loup-garou», frissonnent à leur tour deux sorcières de conte de fée. Un crépuscule de théâtre tombe sur le Glenmor. Une tenture s’efface en fond de scène. «C’est la Bête !», lâche une gamine en jubilant au 3e rang.

Un factotum à tête de cochon sauvage rafle illico en clopinant, des paniers de victuailles abandonnés au seigneur des lieux. «C’est un méchant», subodore un jeune spectateur, témoin de la fuite des paysans apeurés par le monstre porcin.

Un médecin imaginaire

Une harpe cristalline chasse soudain les remugles obscurs.


Avec «La Belle et la Bête», le Théâtre de l’Arche figure parmi les spectacles sélectionnés pour les Masques d’or des compagnies de théâtre amateur, organisés à Kergloff les 10 et 11 février 2007. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


«Voilà la Belle», s’extasie dans la salle le jeune public, fasciné par l’éclosion princière surgie des haillons de la petite servante. «À quoi me destine-t-on ?», s’interroge la douce dans l’ombre de la Bête. «Non, ne me regardez pas. Fermez les yeux !», tonne douloureusement l’animal mythologique désormais rongé par l’amour, alors que des loups de comédie hurlent en coulisses.

«C’est pas pour dire. Mais avec des poils partout, c’est bête qu’elle soit une bête tout de même !», commente une jeune sorcière iconoclaste, quand l’histoire devient farce. «C’est sans doute une crise d’hypocrisie. Faites-la encore pisser ! Il y en avait trop peu pour asseoir mon jugement», diagnostique un médecin imaginaire,


en faisant mine de goûter le breuvage versé dans son chapeau de Diafoirus. «Je vois bien que la mort seule me délivrera de la Bête», se morfond de son côté le monstre, à peine diverti de son chagrin amoureux par les facéties de la troupe moliéresque. Enfin, la Belle revient sur ses pas. Les masques tombent, les visages prennent un tour radieux et l’amour triomphe du mauvais sort.

Parfois empreints d’un manque de vivacité dans le rythme et d’un jeu un poil intimidé par les dimensions du plateau carhaisien, Clément Rouat et ses comédiens amateurs du Relecq-Kerhuon ont offert néanmoins une bien jolie adaptation du conte populaire immortalisé au cinéma par Jean Cocteau.

Joliment adapté et mis en scène par Clément Rouat d’après le conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, «La Belle et la Bête» a réuni un public d’une centaine de spectateurs seulement à l’espace Glenmor. (Photo©Jean-Pierre Bénard).

Une Belle et la Bête de comédie à la veine poétique indéniable, servie par une distribution remarquablement formée à l’école du théâtre d’éducation populaire.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du spectacle La Belle et la Bête donné par le Théâtre de l'Arche, le dimanche 28 janvier 2007 à l'Espace Glenmor de Carhaix (Finistère).


À cet emplacement figure une photo des comédiens du Théâtre de l'Arche au moment du rappel.

Les comédiens amateurs du Relecq-Kerhuon perpétuent une tradition du théâtre d’éducation populaire depuis plus de 3 décennies. (Photo©Jean-Pierre Bénard).