À Poullaouen, Laurent forge des bancs à la breizh

ce jeune métallier-ferronnier vient d’ouvrir la forge des Bugaled an Noz. Une maison du feu, dans laquelle ce maître-artisan du fer peaufine une commande de bancs publics pour la Ville de Carhaix.

Gamin, il se rêvait en mécanicien-automobile mais la vie en a décidé autrement. « Je me suis retrouvé en 4e, puis en 3e technologique, avant d’atterrir en ferronnerie », confie Laurent Everaert, jeune métallier-ferronnier de 35 ans, installé comme autoentrepreneur à Poullaouen. Un changement d’orientation que le jeune élève de CAP à Saint-Michel-de-Priziac (Morbihan), ne tarde pas à retourner positivement. « Ça m’a totalement convenu, sourit-il aujourd’hui dans sa forge des Bugaled an Noz (*), aménagée dans une ancienne crèche, au lieu-dit Lagoden. Dès la première heure de cours, je me suis dit : plus tard, il faudra que tu te trouves une enclume comme celle-là et que tu ouvres une forge. »

Une forge mobile

Huit ans après avoir battu ses premiers fers, le métallier-ferronnier a donné corps à son rêve avec une forge itinérante en acier inoxydable, construite de ses propres mains. « Tout l’été dernier, j’ai initié des ribambelles de gamins aux rudiments du métier en confectionnant des volutes de triskell en fer forgé, sur le marché de Kernevez-Boulogne », raconte ce maître-artisan qui a aussi bourlingué sur bien des chantiers bretons. « J’ai fait un peu de tout : chaudronnier-soudeur, charpentier métallique ou même fraiseur-tourneur. Il y a trois ans, j’étais sur les Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire, et l’an dernier, j’ai aussi travaillé aux chantiers Piriou, à Concarneau. »

Une enseigne pour Ty Élise

Un temps voisin de la taverne Ty Élyse, à Plouyé, Laurent en a confectionné l'en-


Dans sa maison du feu des Bugaled Noz, à Poullaouen, Laurent Everaert forge les volutes de triskell et les hermines métalliques, qui serviront de base aux cinq bancs publics commandés en octobre 2010 par la Ville de Carhaix. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


seigne métallique inspirée d’un dessin d’oiseau en forme de biniou-kozh, dû au talent de Michel Clec’h. « Je l’ai posé en juillet 2009, juste avant les Vieilles Charrues », se souvient le ferronnier par ailleurs bénévole du festival carhaisien. « Je quitte alors la chaleur de la forge pour celle des biligs, en faisant des crêpes pour améliorer les petits-déjeuners à Ti-Degemer. »

Des bancs publics à la breizh

Un beau jour d’octobre dernier, le forgeron note l’absence d’enseigne sur la façade de la mairie de Carhaix. Moins d’un mois plus tard, en homme habitué à battre le fer tant qu’il est chaud, Laurent ne tarde pas à prendre rendez-vous avec Christian Troadec, le maire. « Il m’a alors proposé la confection de bancs publics, construits à partir de motifs métalliques en forme d’hermine ou de triskell. »

Depuis, le forgeron de Ty-Tan, la maison du feu, n’a pas


chômé. À partir d’épures tracées sur des tôles de 6 mm d’épaisseur, il découpe le métal sans relâche à la meuleuse et le forge à 1 800°, pour obtenir ses gabarits aux formes inspirées de la tradition celtique. « Je dois réaliser cinq bancs en fer forgé, bois et tôle perforée, qui seront disposés en ville et j’ai déjà plein d’autres idées de modèles en tête », sourit-il en montrant fièrement ses maquettes, réalisées dans sa forge couleur Bretagne à grands clics de souris informatique.

Jean-Pierre Bénard

(*) Bugaled an Noz : les enfants de la nuit, en langue bretonne.