Le Cheval d'orgueil doublé en breton par Dizale

Le film de Claude Chabrol tourné en 1980 et tiré du livre de Pierre-Jakez Helias, vient d’être doublé en langue bretonne et édité en DVD par l’association Dizale.

Après plusieurs mois de travail, l'association Dizale (1) vient de secouer le paysage audiovisuel breton en rééditant en DVD, Le Cheval d'orgueil, le film de Claude Chabrol tiré du livre de Pierre-Jakez Helias. « C'est un film phare directement en lien avec la Bretagne, confie Gwenvael Jequel, en charge du développement de l'association. Pour nous, c'était comme une évidence qu'il fallait enfin lui redonner sa couleur bigouden d'origine », ajoute-t-il au sujet de ce film tourné dans la langue de Molière et sorti sur les écrans en 1980.

Une année de négociation

« Nous avons négocié l’achat des droits avec Studio Canal pendant plus d’un an », confie de son côté Samuel Julien, le directeur de l’association Dizale. « Ils ont très bien joué le jeu en prenant financièrement à leur charge la refonte complète de la bande-son internationale (sons d’ambiance, musique et bruitages divers. NDLR). »

Pas moins de 25 acteurs bretonnants ont participé aux séances de doublage de Marc'h al Lorc'h, financées par la Région Bretagne. Avec les voix de comédiens professionnels comme Nolwenn Korbell et Yann Vijer, ou encore puisées dans le vivier des acteurs du théâtre amateur de langue bretonne.

« Un parler bigouden très chantant »

« Deux formateurs de l'association Mervent ont familiarisé l'oreille des acteurs avec le parler bigouden », précise pour sa part Gwenvael Jequel.


Jacques Dufilho (Alain Le Goff) et Ronan Hubert (Pierre-Jakez), doublés en breton dans Le Cheval d'orgueil, de Claude Chabrol (Photo : droits réservés).


« L'intonation n'est pas la même, très chantante et avec peu de voyelles. » Un parler bigouden dont Claude Chabrol s'est volontairement privé à l'époque du tournage de son film. « Je n’aurais pas dû, pour faire plus commercial, tourner mon film en français », avouait le réalisateur en 1995 en regrettant, après-coup, que ses acteurs du Cheval d’orgueil ne se soient pas exprimés en breton, à l'époque. « La vie quotidienne aurait pris un autre relief », insistait-il.

« Un pôle audiovisuel en Bretagne »

Trente ans après le Cheval d'orgueil, la donne a changé. « Nous avons signé à l'automne dernier, une convention triennale d'un montant annuel de 300 000 € avec la Région Bretagne », indique André Lavanant, le président de Dizale. La mission de l'association ? « Oeuvrer au développement d'un pôle audiovisuel en Bretagne. Il y a ici un territoi-


re, une culture et une identité sur lesquels s'appuyer pour relever ce genre de défi », affirme-t-il. Pour cela, Dizale diffusera les 8 ans de production du fonds de TV Breizh, poursuivra son travail de doublage de séries télévisées (Blake et Mortimer, Brendan et le secret de Kells etc.), et formera des professionnels en vue de la production de longs-métrages, encore dans les cartons.

Le compliment de Claude Chabrol

L'enjeu ? « Donner à la langue bretonne la visibilité médiatique dont elle a un urgent besoin pour survivre. » Un travail dont Claude Chabrol a lui-même salué l'importance. « Avec Marc'h al Lorc'h, vous avez fait la nouvelle version originale de mon film », a-t-il complimenté.

Jean-Pierre Bénard

(1) Dizale : sans retard, en breton.


Marc’h al Lorc’h. Disponible en DVD (sous-titres breton et français. 19 €), chez Coop Breizh et sur www.klask.com


Gwendal ar Floc’h : « Un cheval d’orgueil endimanché »

Le conteur et comédien centre-breton Gwendal ar Floc’h a participé au tournage du Cheval d’orgueil. Trente ans après, il se souvient.

« À l’époque, je travaillais comme comédien à Paris et ça faisait un moment que j’entendais parler de projets d’adaptation pour le cinéma, du Cheval d’orgueil, le livre de Pierre-Jakez Helias », confie le comédien en visionnant le DVD du film de Claude Chabrol, tout juste doublé en breton par l’association Dizale. « Le cinéaste Breton René Vautier s’était intéressé au sujet ainsi que Denys de la Patellière, qui envisageait d’en faire un feuilleton de 30 épisodes pour la télé. Malheureusement, les producteurs voulaient lui imposer Louis de Funès, et il a abandonné l’idée. »

« Des rapports étranges avec Chabrol »

Coup de chance pour Gwendal, Sylvie Joly, une amie comédienne, le branche sur le projet de Chabrol. « J’ai aussitôt contacté les productions Georges de Beauregard et, finalement, j’ai débarqué à la gare de Quimper avant d’arriver à Plovan, près de Pouldreuzic, sur le plateau du tournage. » Engagé pour jouer le rôle d’un bohémien montreur d’images, et sur l’insistance du producteur, Gwendal sera même pris en photo pour figurer sur l’affiche du film.


Le conteur Gwendal ar Floc’h a participé au tournage du Cheval d’orgueil. 30 ans après, il raconte les souvenirs laissés par le film de Claude Chabrol. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


« Avec Chabrol, en revanche, les rapports étaient un peu plus étranges, poursuit le comédien originaire de Gourin. Il n’était pas content du tout, parce que je refusais de parler français dans le film. »

« Là, ce sont de vrais Bigoudens ! »

Lors de sa sortie sur les écrans, Gwendal verra le film au cinéma Le Bretagne, à Paris. « Avec Sylvie Joly, qui avait trouvé ça formidable. » Pour le conteur breton au franc-parler proverbial, il n’en était pas de même.


« À l’époque, je n’y ai vu qu’une suite de cartes postales avec des costumes amidonnés. Un genre de Cheval d’orgueil endimanché. » Trente ans plus tard, le visage de Gwendal s’éclaire en revoyant la scène de la taverne où figure Pierre-Jakez Helias. « Ah, là, ce sont de vrais Bigoudens ! », s’exclame-t-il, rassuré que le doublage ait conservé le son original de sa prestation en langue bretonne. « Avec le recul, finalement, ce n’est pas trop mal et je trouve que le breton du doublage réalisé par Dizale, est tout à fait bien. »