Les dieux vivants du théâtre indien Kathakali

Les acteurs de la compagnie Prana ont embarqué les spectateurs de l'espace Glenmor dans un voyage haut en couleurs, à la rencontre des héros et des dieux de la mythologie hindoue.

Il est à peine 18 h et les artistes de la compagnie Prana sont déjà en pleine séance de maquillage. « Dans le théâtre Kathakali du Kerala, dans le sud-ouest de l’Inde d’où je viens, tous les personnages sont joués par des hommes », confie en souriant Kalamandalam Vijay Kumar, l’un des 3 acteurs appelés à jouer ce soir-là, un conte tiré des récits mythologiques indiens. Sous l’œil de la caméra de France 3, l’artiste indien poursuit son lent travail de transformation en Panchali, l’épouse de Bhima, le fils du vent, et dit aussi son plaisir d’être là. « Nous venons nous produire assez souvent en France et c’est un des pays qui réserve le meilleur accueil à notre théâtre traditionnel. »

« Coup de foudre pour le Kathakali »

Allongé près de la baie vitrée, Michel Lestréhan, chorégraphe et danseur français de la compagnie Prana, se métamorphose peu-à-peu en Hanuman, singe divin du théâtre Kathakali et demi-frère de Bhima, à grands renforts de savants maquillages colorés dispensés par Kalamandalam Barbara Vijay Kumar.

« Michel a eu le coup de foudre pour le Kathakali en 1986, à l’occasion d’un premier voyage en Inde », confie à son sujet Brigitte Chataignier, elle-même chorégraphe et cofondatrice de la compagnie Prana, installée à Rennes. « Notre passion pour la culture indienne ? Ça vient beaucoup de notre rencontre mutuelle et de notre envie de travailler à la recherche de formes traditionnelles, en dehors de la danse contemporaine. »

La spiritualité du théâtre dansé

Partis en Inde avec une bourse du Ministère des affaires


Au Glenmor, Sadanam Manikandan (à gauche, dans le rôle de Bhima) et Kalamandalam Vijay Kumar (dans le rôle féminin de Panchali), ont rivalisé de virtuosité gestuelle pour incarner les dieux vivants du théâtre Kathakali (photo © Jean-Pierre Bénard).


étrangères, les deux artistes rennais sont restés finalement 6 ans auprès de leurs maîtres en théâtre dansé. « On s’est rendu compte qu’il fallait beaucoup de temps pour pénétrer les arcanes de ces arts : il y faut de l’assiduité et de la pratique avant d’en comprendre la spiritualité », poursuit la chorégraphe.

Presque une ascèse et un art de vivre, sans doute facilité par l’apprentissage de la langue. « L’un de nos enfants est né en Inde et j’ai eu la chance d’apprendre le Malayalam, la langue parlée au Kerala », explique aussi la réalisatrice de La danse de l’Enchanteresse, un long-métrage sur la danse indienne sorti dans les salles en octobre dernier.

La petite Bretagne de Pondichéry

À l’heure dite, les 3 héros issus de La fleur bénéfique de Saugandhika, font tour-à-tour leur entrée sur scène. Costumes somptueux, maquillages extrava-


gants et percussions telluriques, embarquent les 70 spectateurs pour un voyage haut en couleurs au pays des dieux vivants du Kerala. Michel Lestréhan, le plus indien des Bretons de Rennes, s’est glissé parmi eux. Comment s’en étonner ? L’un des organisateurs du festival Armor India, le rappelle à bon escient sur la scène du Glenmor : « Les Bretons ont joué un grand rôle dans la Compagnie des Indes au XVIIIe siècle. Au point même que la Bretagne était considérée comme une province du comptoir de Pondichéry ! »

Jean-Pierre Bénard


Chronique du spectacle de théâtre indien kathakali donné à l'espace Glenmor, à Carhaix (Finistère), le 6 mai 2009, dans le cadre du festival Armor India.


La représentation de théâtre Kathakali est précédée par une longue séance rituelle de maquillage et d’habillage des acteurs, d’une durée de plus de 3 heures, comme ici avec l'acteur Sadanam Manikandan (photo © Jean-Pierre Bénard).