Le kan-ha-diskan revigorant de Loeiz Ropars

Coop-Breizh rend hommage aux interprètes du chant à danser de Haute-Cornouaille, avec l’édition d’un coffret retraçant un demi-siècle de renouveau du genre.


Tout a commencé le 26 décembre 1954, dans la salle de danse de Pierre Vitré, à Poullaouen. « Je me suis mis dans l’idée de relancer le kan-ha-diskan (1), avec mon ami Pierre Huiban dès 1939 », indique Loeiz Ropars, l’homme du renouveau du chant à danser, un genre au bord d’une disparition amorcée dès les années trente. « On ne chantait plus guère en kan-ha-diskan et il n’y avait plus de festoù-noz. Dans les noces, on entendait de plus en plus de chansons en français », raconte également l’universitaire breton, natif de Poullaouen, dans les pages du livret accompagnant le coffret édité par Coop-Breizh.

Un délaissement qui ne s’est sans doute pas fait sans regrets. François Menez, cousin éloigné, alors chanteur réputé ayant tout plaqué pour la variété française, l’avouera quelques années plus tard à Loeiz Ropars : « Ah ! Ma greet eur betiz ! J’ai fait là une bêtise ! ».

Une véritable étoile

Ce 26 décembre 54, à Poullaouen, les techniciens de Radio-Rennes et Mouez Breiz, la maison de disques quimpéroise, sont là. La journée se déroule entièrement en langue bretonne. Pour la première fois on y entend Son ar vutunerien, La chanson des fumeurs, chantée par François Jaffré et François-Louis Gall, et surtout Catherine Guern. Une véritable étoile, entendue précédemment par Loeiz Ropars en 1943 au pardon de Plouyé. « Premier prix soliste au Huelgoat en 1921, lors d’un concours de


Loeiz Ropars, entouré de François Menez (à gauche) et François-Louis Gall (à droite), chanteurs de Poullaouen, lors du 10e anniversaire du bal breton célébré à Quimper, en 1967.


chant organisé en l’honneur de la visite de M. Le Troquer, président de la Chambre des députés. »

Transe hypnotique et sauvage

Un demi-siècle après cette renaissance orchestrée à Poullaouen, les grandes figures du kan-ha-diskan sont à l’honneur des 2 cédés publiés par Coop-Breizh. L’occasion d’une plongée aux sources mêmes de la langue bretonne, au gré des 57 enregistrements et de l’intégralité des textes des chansons reproduits en breton et en français. « An deiz all o pourmen oan bet, war bordig an enezenn. Eur plahig yaouank am-oa gwelet, war bordig an dour. »


Bien loin d’une langue bretonne aseptisée par la moulinette des médias audiovisuels, on peut y entendre des petits bijoux de poésie populaire revigorante, comme en lointains échos aux Golfes pas très clairs de Bashung. Et, surtout, on y goûte l’ambiance de transe hypnotique et sauvage qui fait trembler les planchers de Haute-Cornouaille, et redonne des ailes aux danseurs depuis plus de 50 ans.

« Sans le fest-noz et le bal breton, je serais mort depuis longtemps », avouait à ce propos le chanteur François-Louis Gall.

Jean-Pierre Bénard

(1) Littéralement : chant et déchant.

  • Pratique : « 50 ans de kan-ha-diskan, avec Loeiz Ropars ». Editions Coop-Breizh. Prix : 25,24 €.