Devant une centaine de spectateurs à l’Espace Vauban

La gwerz néo-réaliste du duo Grandjean-Marlu


Etienne Grandjean et Philippe Marlu, deux auteurs compositeurs bien connus de la scène bretonne, ont croisé leurs univers respectifs dans un spectacle fait de chansons populaires et de composi- tions, pour cet avant-dernier concert de l’association «Accords».

«Si les militaires ne faisaient que chanter leurs chansons guerrières, nous, on se contenterait bien de ne boire que des canons», lance Etienne Grandjean, avec cette brève de comptoir en forme de clin d’œil attristé à l’air du temps. Son compère Philippe Marlu, lui répond avec de belles complaintes savoyardes puisées dans le répertoire traditionnel autrefois chanté par le groupe La Chiffonnie. «Il faut qu’une chanson raconte une histoire à la manière de la gwerz bretonne. Qu’elle respecte la règle des rimes et de la versification», confie le chanteur, qui partage ce goût de la chanson ouvragée avec l’accordéoniste du Croisic.

«C’est la java du bord de mer», fredonne en chœur la centaine de spectateurs du Vauban, avec cette petite mélodie tournoyante, tirée de «La belle société», un spectacle d’Étienne Grandjean, naguère marqué d’ambiances de fêtes foraines loufoque.


Etienne Grandjean et Philippe Marlu ont joint leurs talents pour un spectacle de chansons interprétées sans artifices, avec leurs voix et un accordéon pour tout instrument.

De la boîte à soufflet déployée généreusement par le musicien, sortent aussi des refrains évoquant des bals plus mélodramatiques. «Quand viendra le temps des javas ultimes, ceux qui nous oppriment rejoindront les rangs du bal des infirmes.»

Sur cet accordéon des faubourgs, Philippe Marlu chante avec délectation, et une rage contenue mêlée d’une pointe de désinvolture, ces historiettes parisiennes où l’on surine le bourgeois trop bien vêtu.

Il brosse un «jardin des cauchemars» où les berceuses ont un goût de petit salé et donnent envie de crier : «viva la muerte.» Le duo de ces deux lascars, dépouillé à l’extrême, gratte jusqu’à l’os nos petits drames sociaux avec des textes choisis et nous rappelle aussi, lestement, qu’on ne se méfie pas assez des ours en peluche.

Jean-Pierre Bénard

Concert donné le 21 mars 2003 à l'espace Vauban à Brest.