Le groupe est à l'origine des premières veillées québécoises en France

Les Maudzits Français : toute une histoire


Au début des années soixante-dix, retour aux racines et à ce que l'on appelait pas encore les musiques du monde. La musique traditionnelle québécoise fait, à cette époque, une entrée remarquée dans le paysage des musiques à danser en usage en France. Francine Brunel-Reeves, québécoise, câlleuse et chercheuse en musique et danses traditionnelles du Québec, est alors l'initiatrice d'un mouvement, et d'un intérêt pour ces musiques qui ne s'est pas démenti depuis. Elle apporte ici, le récit d'un travail d'animation musicale et de diffusion de la culture populaire du Québec en France, auquel de nombreux musiciens français ont participé.

Les Maudzits Français, c'est le nom de la formation de musiciens franco-québécois qui a popularisé les danses traditionnelles du Québec, chez nous, en France, au cours des années 70 et 80.


«Nous avons fondé «Les Maudzits Français» en commun avec les frères Desaunay, et Philippe Hunsinger. Ce dernier était déjà depuis environ six mois dans un groupe que j'avais précédemment crée. Ce groupe qui était baptisé «La Maudite Gang», et dont la première mouture fut assurée pendant environ un an, par Philippe Fromont et Michel Hindenoch, avait été actif de 1975 à 1979.

Pour ma part, après avoir chanté dans les boîtes à chanson rive gauche et tourné avec des groupes poésie-chanson depuis 1969-1970, je commençais à animer des soirées de danses québécoises au printemps 1975, toute seule, avec des bandes magnétiques.

J'ai fait ça pendant six mois, avant qu'un employeur me dise : «Si tu peux trouver des musiciens, je t'en paye deux...» Je me suis alors mise en quête de musiciens québécois en France, mais comme il n'y en avait pas, en tout cas pas à demeure, j'ai fait appel aux habitués du Folk Club Quincampoix (1), qui m'ont référée à Philippe Fromont, "Phil" pour les intimes.

Les premières veillées québécoises en France

Phil a sauté à pieds joints dans mon projet, et il a vraiment été le «noyauteur», avec son violon, de mon premier groupe d'accompagnement des Veillées Québécoises. Un groupe qui commençait avec Michel Hindenoch, comme je l'ai dit plus haut. Dans l'année qui a suivi, Phil nous a amené Marc Perrone, Denis Gasser et Claude Lefebvre, qui ont joué avec moi jusqu'en 1979. On a même joué de temps à autre avec Alan Kloatr (flûtiste de Stivell), Gérard Lavigne (qui tournait avec Roger Mason), Jacques Mayoud, etc. En 1979, Marc Perrone avait lancé son premier disque. Il se trouvait tellement en demande qu'il a dû quitter notre groupe. Phil s'est marié avec Marianne Guignard, une suissesse, et il est parti vivre en Suisse.

Il fallut se mettre en quête d'un violoneux et d'un accordéoneux. C'est Philippe Hunsinger, qui avait remplacé Claude Lefebvre pendant les six derniers mois d'activité du groupe précédent, qui s'est occupé de cette tâche (moi j'étais prête alors à simplifier les choses et à reprendre mes bandes magnétiques !).

Philippe Hunsinger a convaincu les Desaunay de se joindre à nous. Denis Gasser nous a laissés pour se consacrer principalement à la chanson. Mais on a eu six mois de transition avant l'arrivée des Desaunay, et l'on a tourné alors avec Patrick Robin (frère de Thierry-alias-Titi Robin), Jean-Loïc Le Quellec, Denis Le Vraux, tous trois de l'Association Ellébore d'Angers.

L'appellation de «Veillées Québécoises» (2) nous est venue de l'extérieur, lorsque que les gens ont commencé à nous écrire sous cette appellation qui ne nous a pas semblé mauvaise. Nous avons fini par nous en servir en permanence (même si on jouait le matin ou l'après-midi).

Ces musiciens avaient accepté de me dépanner, le temps que j'arrive à former un nouveau groupe permanent : ils ne voulaient pas s'engager durablement dans un groupe à vocation nationale et internationale, désirant plutôt concentrer leurs énergies sur leur région. Mais ce fut une très agréable période de transition.


Les Maudzits Français

Dessin de couverture : Jean-Luc Gosse


Une pépinière de musiciens

Quand les Desaunay sont arrivés, en janvier 1980, Patrick Robin a continué à jouer avec nous un an encore, avant de s'en aller au Danemark, en Angleterre, et enfin en Allemagne, étudier la lutherie.
Ce fut une année fantastique, j'adorais avoir deux violoneux --le violon est mon instrument mélodique préféré-- et on faisait un tabac presque partout où l'on jouait !

Patrick s'est fait depuis, un nom en tant que grand luthier, avec sa femme danoise Andrea Frandsen qui s'est spécialisée dans la copie de violons baroques. Ils ont gagné à eux deux, dans les concours, toutes les médailles possibles.
Ils se sont installés un peu au sud d'Angers à présent, non loin de chez Thierry Robin, et ont des commandes devant eux pour plus de trois ans.

C'est alors que Benoît Reeves, issu de la musique rock, est entré dans le groupe, vers l'été 1979. Bravement entré, ajouterai-je, puisqu'il n'était pas du tout évident pour un rocker de se faire accepter dans le milieu folk. Mais il a serré les dents au départ, réussissant par la suite à se rendre pratiquement indispensable...

Quand le groupe a pris le nom de «Maudzits Français»y, Benoît Reeves était donc déjà dedans depuis quelques mois. Conséquemment, il est membre du groupe depuis sa fondation, mais il ne l'a pas fondé. Je suis très contente que Benoît continue dans cette veine d'ailleurs (3). Il le fait très bien, avec, par ailleurs, de nombreuses autres cordes à son arc. Il a de l'énergie et de l'imagination à revendre, et j'en ai toujours été admirative.

Transmettre la musique

Cette musique traditionnelle est venue jusqu'à nous par transmission familiale la plupart du temps --quoique pour ce qui me concerne, elle a dû sauter une ou deux générations et que je me considère, en toute honnêteté, comme une «revivaliste»--, je suis vraiment heureuse qu'il se soit inséré dans cette chaîne de transmission qui continuera après moi, et après lui, je j'espère, auprès de membres de sa famille, si ce n'est de ses enfants...»


Francine Brunel-Reeves


(1) Les folks clubs ont fleuri dans les années soixante-dix, en milieu urbain, à Paris tout d'abord. Ils ont été de véritables pépinières de musiciens, et, de la part des citadins, la source d'un intérêt nouveau pour les musiques traditionnelles.

(2) Les frêres Desaunay, Serge à l'accordéon et Patrick au violon, ainsi que Benoît Reeves au piano et Philippe Hunsiger au bouzouki, faisaient partie de cette "gang" de musiciens, qui jouent sur le disque "Veillée Québécoise".
À noter que le disque était accompagné de notations chorégraphiques, destinées à permettre un apprentissage des danses

(3) Avec "Les Maganés", groupe dont il est un des fondateurs avec Olivier Chérès et Pierre Chartrand, qui eut l'idée du nom.

Notice bibliographique :

« Les Maudzits Français »
Auteur (s) Francine Reeves et Philippe Hunsinger
Titre : Veillée québécoise / Francine Reeves et les Maudzits Français
Publication : Arche en Ciel, Paris 1981
Disque analogique, 33 1/3 r/min., stéréo ; 30 cm
Notations chorégraphiques adaptées par Francine Reeves insérées dans la pochette
Titres : La mise en train (3:02) ; Le p'tit cotillon (2:40) ; La confiture de Biencourt (4:40) ; Le Brandy (3:18) ; Set sans câlls (6:49) ; Les p'tits paniers (9:30) ; Passez par 6,4,2 (5:27) ; La refoulade (2:16)