À Trévarez, des Surprises Armorigènes jubilatoires

Dimanche, le clarinettiste Michel Aumont a donné à entendre ses Surprises Armorigènes, devant plus de 100 spectateurs réunis dans la cour des grandes écuries.

Il déboule, vêtu de noir et le cheveu grisonnant, sur le plateau dressé dans la cour des grandes écuries. « Je vais vous jouer quelques surprises armori- gènes, inspirées par les temps passés, présents ou futurs », lance Michel Aumont en embouchant l’anche de sa clarinette basse.

Sous le soleil de juin, le musicien entame une première improvisation méditative, entremêlant ligne mélodique et boucles rythmiques impulsées de son pied gauche. « Rien n’est enregistré, lance tout de go l’artiste entre deux morceaux. Toute la musique que vous entendez se fait en direct, grâce à un logiciel écrit pour moi il y a une dizaine d’années. »

tension chamanique

Avec Didgeridoo, le musicien embarque bientôt son public pour les antipodes et une danse aux couleurs aborigènes. Le souffle se fait grave et le sable roux du bush australien colle aux basques de l’interprète qui se déhanche. Tension quasi-chamanique et réminiscences de mélopées bretonnes s’enroulent en spirales au sortir de la clarinette basse de l’artiste.

« En tant que musiciens armorigènes, sourit-il bientôt,


Le clarinettiste Michel Aumont dans ses œuvres, le dimanche 2 juin 2013 à Trévarez.


nous avons l’obligation de jouer la gavotte des montagnes... sous peine de reconduite immédiate à la frontière. »

Des feulements de tigre

Sur fond de kayamm réunionnais crépitant de graines de safran sauvage, Michel Aumont tricote bientôt une danse gorgée de swing breton. On surfe sur la bruyère rase du Yeun Ellez avant d’aller tutoyer la crête des Monts d’Arrée. Peignant une chasse armorigène imaginaire, le musicien lâche aussi des feule-


ments de tigre dans la jungle de sa Bretagne intérieure. À la manière d’un Roland Kirk lançant ses riffs de saxophones rageurs, l’artiste multiplie les samples de clarinette à la quinte. Le public des Rendez-vous aux jardins n’en revient pas : la cour des grandes écuries vibre et, sur une ultime note, les Surprises Armorigènes de Michel Aumont font jubiler les jardiniers du dimanche.

Jean-Pierre Bénard


Chronique du concert du clarinettiste Michel Aumont, donné le dimanche 2 juin 2013, dans la cour des grandes écuries, à Trévarez.