Michel Galabru : « Nous sommes des intermittents »

Acteur au jeu exubérant, titulaire d'un César et d'un Molière du meilleur comédien, Michel Galabru a triomphé avec L'Entourloupe, jouée devant 600 spectateurs à Carhaix. Entretien avec un artiste chéri des Français.


Avec plus de 250 films et téléfilms à votre actif, vous avez une carrière d'acteur bien remplie ?

Oui, si vous voulez. Mais quand on dit 250 films, ça se résume seulement pour moi à deux jours de tournage par film. C'est comme ça qu'on arrive à ce chiffre qui paraît tout à fait impressionnant... Et moi, au bout du compte, j'ai fait un cachet supplémentaire (rires).

Vous avez tout de même tourné avec les plus grands...

Ah, si vous voulez parler du travail avec Bertrand Tavernier sur Le juge et l'assassin, oui, ça a été un véritable enchantement. Prenez dix boulangers (Michel Galabru adopte alors le ton déclamatoire qu'on lui connaît bien). Vous en trouverez un pour vous faire des bons croissants, alors que les neufs autres vous feront des viennoiseries qui collent à la bouche. Tavernier lui, fait partie de ces metteurs en scène de cinéma qui sont exceptionnels. Quand l'un d'entre eux vous confie un grand rôle, c'est bénéfique pour vous. Ça vous aide à devenir un bon acteur. Mais ce sont des occasions qui n'arrivent pas à tout le monde.

N'oubliez pas que dans une carrière d'acteur, la question permanente est : comment faire pour survivre ? C'est un métier aléatoire. Nous ne sommes que des intermittents (Michel Galabru insiste et se lance ensuite dans une improvisation à haute voix


Michel Galabru, acteur au talent reconnu par ses pairs et par le public, a triomphé en décembre 2009 devant les 600 spectateurs du Glenmor, auxquels il a offert, avec la gentillesse qui sied aux plus grands, une longue séance de dédicace au sortir de L'Entourloupe. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


sur une fable de La Fontaine) : Et la cigale ayant chanté tout l'été, Michel Galabru se retrouva fort dépourvu quand la bise fut venue ! (rires).

Vous avez failli devenir footballeur professionnel ?

La meilleure critique que j'ai jamais reçue est celle d'un journaliste sportif, qui a écrit à mon sujet dans Paris-Presse de l'époque : Michel Galabru est le meilleur footballeur que j'ai jamais vu de ma vie. Finalement, je crois que c'est mieux pour moi d'avoir fait comédien. Si j'avais choisi le foot, aujourd'hui, je serais en retraite depuis longtemps (Michel Galabru est né en 1922), et tout le monde m'aurait oublié depuis belle lurette...


À propos, la main de Thierry Henry, qu'en pensez-vous ?

Ça peut arriver à tout le monde et ce n'était pas à lui de se dénoncer C'est à l'arbitre de le voir. (L'acteur adopte le ton du passionné de ballon rond) : les Irlandais ont eu raison de protester, mais ils ont tout de même oublié de rappeler qu'il y avait un penalty contre eux. (La voix de Michel Galabru emplit maintenant tout le hall du Glenmor). Ils ont quand même pris le pied d'un joueur français dans la surface de réparation ! Il faut le mettre en gros titre dans votre journal ! (rires).

Recueilli par Jean-Pierre Bénard