Michel Lardeau, un Breton sur la trace des pharaons

Ce spécialiste de l’Égypte ancienne vient d’écrire un livre, L’Univers des pharaons, et un dictionnaire de termes d’égyptologie, avant de repartir l’an prochain pour ausculter la pyramide de Kheops avec une expédition du CNRS.

Saharienne blanche sur les épaules, bouffarde aux lèvres et coupe en brosse, Michel Lardeau a des allures de baroudeur des sables. Une sorte d’Indiana Jones mâtiné de Desroche-Noblecourt, qui aurait connu à l’âge mûr la révélation de l’Égypte ancienne au détour d’une pyramide du plateau de Gizeh. C’est pourtant beaucoup plus précocement que l’esprit des dieux du Nil semble avoir enflammé l’imaginaire de ce passionné des pyramides. «L’égyptologie ? Je suis tombé dedans tout petit. À six ans déjà, je dévorais un livre d’histoire sur le pays des pharaons», confie cet homme de 53 ans, enfin devenu l’expert en égyptologie qu’il avait toujours rêvé d’être.

«J’ai fait carrière dans la finance, contraint par mon père qui ne croyait pas à ma vocation d’historien», poursuit-il, alors que l’émotion affleure pour évoquer un licenciement brutal, survenu il y a 13 ans, en redistribuant soudainement les cartes de sa destinée. «J’étais sans rien. Avec mon Deug d’histoire, j’ai décidé de reprendre le chemin de la fac», explique-t-il. Bonne pioche. Le voici aujourd’hui correspondant de l’Institut d’Orient à Paris, avec un programme digne d’un Mortimer décidé à percer le secret de la grande pyramide. «Je suis associé à un projet qui prolongera, en 2003, la mission de recherche de nouvelles cavités dans la pyramide de Kheops, entreprise en 93 par EDF», révèle-t-il.

Cette fois-ci, sous l’égide du CNRS, ils feront le test d’un nouvel appareil à ultrasons destiné, plus tard, à l’imagerie médicale. «On s’interroge aussi sur l’âge du Sphinx qui serait plus ancien que la pyramide elle-même», poursuit-il, sûr de son effet sur l’auditeur. «La statue possédait une tête de lion, avant que Khephren ne la fasse retailler à son effigie. Du moins, est-ce une théorie.


À cet emplacement figure une photo de l'égyptologue Michel Lardeau.

Michel Lardeau, expert en égyptologie, donne quotidiennement des cours et des conférences à un public toujours aussi fasciné par le récit de l’épopée des pharaons et des pyramides. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


Orientée à l’Est, elle était dans l’axe où se trouvait la constellation du Lion en 10490 avant JC», ajoute-t-il, en suggérant un lien possible entre le lion de Gizeh et celui du ciel, à une époque où la civilisation égyptienne n’existait pas encore. Edgar P. Jacobs, le père de Black et Mortimer, n’aurait pu rêver meilleur argument de scénario.

L’Égypte comme un deuxième pays

Grands gestes de bras à l’appui, il vous fait la description de la Vallée des Rois, vous indiquant le chemin des fouilles menées par Hourig Sourousian, une archéologue arménienne, pour dégager deux colosses de pierre emprisonnés par les sables, aussi sûrement qu’il vous indiquerait la route de la chapelle Notre Dame de Châteaulin, où il réside.

L’Égypte semble être pour lui comme un deuxième pays où il accompagne fréquemment des groupes de voyageurs. Dès novembre prochain, il repart avec 30 personnes. Son souci de vulgarisation s’adresse aussi aux lycéens, collégiens et autres


jeunes écoliers du Finistère, auprès desquels il donne des cours et des conférences. «J’ai écrit un article sur l’Égypte des pharaons, pour les enfants bretonnants lecteurs de Louarnig, la revue éditée par Keit vimp bev», ajoute-t-il, très fier d’avoir été le premier égyptologue publiant en langue bretonne, avec l’aide de Gwendal Lazarra pour la traduction. Pour son livre : L’Univers des pharaons, et son dictionnaire de termes d’égyptologie, ainsi que le jeu éducatif qu’il vient de terminer, la bienveillance de Taureau puissant, alias Ramsès II ne sera pas de trop. Michel Lardeau, l’aventurier des sables égyptiens, cherche en effet un éditeur.

Jean-Pierre Bénard


Portrait de Michel Lardeau, expert en égyptologie. Un papier initialement publié en septembre 2002.


À cet emplacement figure une photo des pyramides du plateau de Gizeh en Egypte.

Le sphinx du plateau de Gizeh a peut-être regardé la constellation du Lion se lever sur l’horizon, il y a 12 500 ans. (Photo : droits réservés).