L'artiste québécois a ouvert le festival du conte devant 250 spectateurs

Michel Faubert, quêteur de mondes perdus


Avec sa guimbarde vibrante de notes étirées entre deux silences aux consonances inquiétantes, Daniel Roy, le compère musicien venu de Joliette, plante le décor d'une première histoire sur la scène du Vauban. «Un jour, on se méfie du Bon Dieu, un autre jour on se méfie du diable. Et bien, croyez-moi si vous voulez, un soir, le diable est venu», lance, à son tour, Michel Faubert, le conteur québécois invité jeudi dernier, pour cette première grande marée du festival du conte.

Des histoires au goût de Québec apprivoisées au sortir des langes. «En marchant à quatre pattes dans les corridors parallèles du monde», confie le conteur, à l'oreille attentive du public du Vauban, en évoquant ses premiers pas dans la quatrième dimension du grenier familial. «L'éternité est facile à reconnaître : une odeur de bois moisi et de crottes de souris», assure-t-il, également, au souvenir de l'effroi primal du raconteur d'histoire. «Mon premier fantôme était russe avec les lettres CCCP marquées sur le front.»

Coureur des bois

Enchaînant avec brio historiettes sur fabliaux, le narrateur installe un univers aux couleurs de la Belle Province, hérité du monde perdu d'Ernest Fradette. «Celui qui m'a


Jeudi, à l'invitation de l'association Adao et d'Accords-MJC, le conteur québécois Michel Faubert a tenu en haleine un Vauban plein à craquer. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


ouvert la route du conte et des chansons et auquel je dédie ce spectacle.» Avec une théâtralité jubilatoire, il brosse un Napoléon Larroque chasseur de feux follets, ou un coureur des bois vainqueur d'un concours de jurons. «Il en arrive des affaires. C'est ben épou- vantable», feint-il même de s'émouvoir, avec l'accent, au sortir de l'histoire d'Ovide Souci. «Le gars le plus haïssable du comté. Bougon, méchant et buveur impénitent», figure villageoise parvenue néanmoins à enivrer le diable lui-même, avant d'acquérir un statut d'âme errante «apparaissant à chaque fin de cuite.»


Mêlant à la fois goguenardise, causticité, humour et tendresse émue pour ses personnages, la voix de Michel Faubert brosse avec talent un univers marqué de religiosité, où anges, démons, farfadets et humains mêlés sont en quête éternelle de grâce et de salut.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du spectacle de contes donné par Michel Faubert, le jeudi 24 novembre 2005 au Vauban, à Brest (Finistère).