Le musicien centre breton rend un hommage à la musique des Highlands

L’âme écossaise de Patrick Molard


Patrick Molard, joueur de cornemuse installé en centre Bretagne, à Maël-Carhaix, est venu présenter son album To the Bobs sur la scène du Glenmor, à l’occasion du récent concert de Gilles Le Bigot. Avec ce dernier opus dédié à Bob Brown et Bob Nicol, le sonneur centre breton rend un hommage aux deux plus grands maîtres de la musique de cornemuse du XXe siècle, dans un duo inédit avec la basse électrique de son compère Alain Genty.

«La musique ? Ça a commencé par moi, puis mon frère Dominique a suivi», confie Patrick Molard, l’aîné d’une fratrie riche en musiciens, tous tombés en amour, les uns après les autres, avec les musiques celtiques et traditionnelles. «Très jeune, j’avais été impressionné par le passage d’un pipe band écossais dans les rues de Saint-Malo. J’étais fasciné par la musique écossaise et les cornemuses», explique le sonneur, aujourd’hui âgé de 53 ans, et formé, à 20 ans, à l’école de musique la plus rigoureuse qui soit.

«J’ai passé un an au château de Balmoral, en Ecosse. J’ai eu la chance d’être accepté comme élève auprès de Bob Brown et Bob Nicol, musiciens attitrés de la Reine d’Angleterre. Ce sont de grands maîtres, peut-être les deux meilleurs musiciens de pibroch, la musique classique de cornemuse, qui aient jamais existé.» Une expérience écossaise fondatrice, vécue bien avant l’apparition de la vague celtique et du renouveau musical initié, en Bretagne, par Alan Stivell.

Une philosophie de la musique

«J’ai vraiment eu de la chance, et cela a déterminé toute ma vie de musicien», explique encore, aujourd’hui, Patrick Molard. «C’est pourquoi j’ai voulu rendre hommage à ces deux grands maîtres avec ce disque : To the Bobs, édité chez Keltia. Ces musiciens développent un état d’esprit et une philosophie de la musique à laquelle je suis sensible, parce que j’ai des exigences semblables.»


Le duo Alain Genty et Patrick Molard, ici photographié par Eric Legret, vient de publier «To the Bobs», un album en hommage aux professeurs de cornemuse écossais de Patrick Molard

Un appétit de rigueur sans doute à l’origine de la maturité musicale déjà présente dans Satanazet, ou Ogham, deux albums mythiques enregistrés au début des années soixante-dix. «J’arrivais d’Écosse. Je n’ai fait mon apprentissage de la musique bretonne que plus tard, après mon installation à Poullaouen, en 1978.»

Entre-temps, Patrick Molard a vécu de multiples expériences et rencontres musicales au sein de Den, Gwerz, Alain Genty Group, ou plus récemment Bal Tribal. «Alain Genty a été le bassiste de Den et de Gwerz, et, dans To the Bobs, on peut sans doute entendre des réminiscences sonores de Gwerz, même s’il manque beaucoup de monde derrière !» Aujourd’hui, Patrick Molard, par ailleurs professeur à l’école de musique de Carhaix, veut privilégier la musique en solo ou en duo, et faire connaître cette musique de pibroch ancrée dans son âme d’écossais de cœur.

«C’est vrai que cette musique est plus planante et atmosphérique, que festive. C’est surtout une musique à écouter, même s’il y a aussi de la musique à danser du centre Bretagne.» Une musique empreinte d’élégance et de sérénité, servie également par la qualité du biniou kozh fabriqué par Youenn Le Bihan. «En août dernier, au sortir du Royal concert hall de Glasgow, j’ai été arrêté dans la rue par une Australienne qui m’a lancé : «c’était fabuleux. Je ne pensais pas que cette musique de biniou était possible», raconte-t-il, avec émotion, avant d’ajouter : «Alain et moi, nous avons vraiment envie d’écrire une musique originale, hors des sentiers battus.»

Jean-Pierre Bénard

Chronique relative à la sortie du nouvel album d'Alain Genty et Patrick Molard, To the Bobs, écrite à l'occasion du concert donné le dimanche 23 janvier 2005 à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère).