La musique de l’Hindustani à l’honneur à l'Espace Glenmor

Le salon de musique indien de Ram Narayan


Dimanche, la scène de l’Espace Glenmor a revêtu l'allure d’une salle de concert du nord de l’Inde, le temps d’accueillir Ram Narayan, le grand maître du sarangi pour une série de ragas de fin d’après-midi.

Sur sa tampura, Shabhan Machecha égrène discrètement une mélodie aigrelette et régulière de quatre notes. A l’avant-scène, au bord du grand tapis blanc délimitant l’espace du salon de musique indien, Brij Narayan, s’est emparé de son sarod, un instrument cousin du sitar cher à Ravi Shankar. Mêlant alternativement des notes brèves et sèches à de longs glissandos, le musicien appelle la mélodie et cherche du regard l’approbation de Dilshad Kahn, le joueur de tabla assis près de lui.

La science de l'archet

Dans la fumée bleutée du nuage d’encens, qui environne les silhouettes des artistes et parfume la salle, le public savoure la montée de l’émotion du premier raga de ce concert de fin d’après-midi. «Ram Narayan est un des grands maîtres de la musique classique mondiale», explique Françoise, la productrice de ce concert unique en Bretagne. «Il a donné ses lettres de noblesse à la musique de l’Hindustani, dans le nord de l’Inde,


Dimanche, l’Espace Glenmor a accueilli, pour un concert unique en Bretagne, Ram Narayan, le grand maître du Sarangi. (Photo : X)


et au sarangi, l’ancêtre du violoncelle», précise-t-elle, avant d’inviter le musicien, dont la science de l’archet a fait l’admiration conjointe de Rostropovitch et de Ménuhin, à rejoindre la scène à son tour pour une nouvelle suite de ragas interprétés en duo avec sa fille, Aruna Narayan. Assis en tailleur, détendus, leur sarangi appuyé sur l’épaule à la façon d’un violoncelliste ou d’un joueur de vièle à archet, le père et la fille enchaînent progressivement des suites de gammes tourbillon- nantes, tout à tour plaintives, méditatives ou allègres, magnifiées par la vibration des cordes sympathiques des deux instruments.


Avec l’archet imaginatif, virtuose et foisonnant de Narayan, la musique du sarangi s’élève ample, sereine et volubile sous le vibrato des instrumentistes à l’identique d’une voix humaine. «On dirait qu’ils se parlent», glisse à l’oreille de son père, un jeune spectateur, avant que le public ne salue, par une ovation debout, cette belle après-midi de musique indienne.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de Ram Narayan, donné le dimanche 15 décembre 2002 à l'Espace Glenmor de Carhaix (Finistère).