Nathalie Le Boucher, la conteuse indienne

Aux halles de Carhaix, l’artiste a subjugué le public des petits et grands en leur racontant l’histoire mythique des origines du monde.

«Bien avant le com- mencement du monde, il y eut un autre monde où les hommes vivaient heureux et en paix», lance Nathalie Le Boucher, la conteuse invitée la semaine dernière dans le cadre du festival de contes Sur paroles. Trop beau pour être vrai. Gangrené par la jalousie et la convoitise, ce petit paradis de la mythologie indienne installé pour un soir sur la scène des halles, tourne vite au cauchemar. Et les dieux décident de tout balayer.

«Vent, tempêtes et tornades se sont déchaînés. Des vagues plus hautes que les montagnes ont déferlé sur les terres.» Un vrai déluge, au sortir duquel ne survit qu’un unique enfant à l’étonnement lisible sur le visage de la conteuse. «Tu es Vishnu, lui susurre à l’oreille la voix céleste de la déesse mère surgie des flots. Et de ton nombril fleurira un immense lotus d’où sortiront Brahma et Shiva.»

Sabir anglais

Un véritable duo de dieux infernaux se pourchassant bientôt l’un l’autre sous forme d’un étalon galopant, d’un poisson, de serpents ou d’insectes volants. «Brahma, please. Stop it !», supplie bientôt la déesse Shiva, fronçage de sourcils et roulades d’yeux surlignés d’un trait de kôhl à l’appui. Dans la salle, les enfants rient à l’écoute du sabir anglais déroulé avec l’accent indien du


Seule en scène, la conteuse Nathalie Le Boucher a captivé l’auditoire avec une série de légendes et de fables tirées de la mythologie indienne. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


Kérala par Nathalie Le Boucher, avant de prendre de la hauteur sur une fable animalière. «Les gens sont comme des fourmis», marmonne la conteuse changée à son tour en tortue, émerveillée d’apercevoir la terre vue du ciel et mâchoire serrée autour d’un bâton emporté par deux canards volants. «La reine des tortues c’est moooaaah !», jubile-t-elle trop vite, en lâchant soudainement son attelage comme le corbeau son fromage. Pour une chute interminable et une triste fin en forme de soupe de tortue à même le sol, «d’où serait née la conscience du Moi», ironise la conteuse.


Mêlant tour-à-tour mime, danse indienne, théâtre et comédie, Nathalie Le Boucher bouscule les règles du genre et invente un art du conte total, en forme d’invitation séduisante au voyage et à la rêverie.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du spectacle de contes de Nathalie Le Boucher donné le jeudi 18 mai 2006 aux halles de Carhaix (Finistère).