La Kreiz Breizh Akademi a séduit 450 spectateurs au Glenmor

Norkst invente le swing breton universel


Dimanche, à l’espace Glenmor, les 16 jeunes musiciens et chanteurs de la Kreiz Breizh Akademi ont donné la première orches- trale de «Norkst», une étonnante fresque musicale bariolée aux couleurs des musiques bretonnes et orientales. Médusé par l’éner- gie et la virtuosité des jeunes artistes, le public a suivi avec enthousiasme cette plongée au cœur des mélopées traditionnelles. Et salué par un double rappel, ce retour aux sources des musiques modales d’avant le clavecin bien tempéré de Jean-Séba- stien Bach.

«Nous sommes contents de voir une belle salle, pour accueillir le travail mené pendant un an par la Kreiz Breizh Akademi», lance, à l’avant-scène, Bertrand Dupont, le directeur de Dre Ar Wenojenn, la saison culturelle nomade en Centre-Bretagne productrice de l’événement. D’emblée, Yves Chapalain au biniou, et Anne Marie Nicoll à la bombarde, plantent le décor musical. Nous sommes en Bretagne et le bourdon obstiné joué par l’archet de Grégoire Henebelle donne le ton.

Quelques notes continues sonnées pour un retour aux sources des musiques modales, bien avant les harmonies et le contrepoint chers à Jean-Séba- stien Bach. «Before Bach», avant Bach, c’est justement le titre du premier thème lancé par les musiciens de Norkst. «Avec un texte distancié et humoristique de Christian Duro sur la modalité et les échelles spécifiques de la musique bretonne»,


Dimanche, à l’espace Glenmor, les musiciens de la Kreiz Breizh Akademi ont emporté l’adhésion du public avec une suite orchestrale redonnant son lustre modal aux mélodies bretonnes.


psalmodié sur un thème d’Erik Marchand, l’instigateur de cette aventure orchestrale inédite. En fond de scène, les percussions de Glenn Le Merdy tricotent une première trame rythmique en invitant les cordes dans la danse. Côté cour, Hoëla Barbedette fait sonner à son tour une harpe celtique accordée en quart de ton, quand Delphine Quenderff, sa voisine de pupitre, swingue comme une belle diablesse contre les flancs d’une contrebasse festive.

Retour en mode majeur

«Fest an hoc’h», c’est la fête du porc et le trio de chanteurs de kan-ha-diskan ne l’envoie pas dire deux fois en langue bretonne. «Dans le cochon, tout est bon», clament-ils, avant que les chagrins d’amour ne se diluent,


en chanson, dans les vapeurs du vin et la rythmique d’un hanter dro sonné par un duo de violons. «Son ar vot ». Pas de répit dans les campagnes, même électorales, avec la chanson du vote d’après un texte d’Ywan Ar Beg de 1926. Flûte, sax et bombarde soufflent de brefs chorus pour surligner à la manière humoristique d’un Frank Zappa, les joutes électorales entre Rouges et Blancs du côté de Poullaouen.

Passant impromptu d’une gwerz tirée du répertoire de Madame Bertrand à la restitution hypnotique et sauvage d’une suite fisel chantée du côté de Plouyé, les musiciens de Norkst s’accordent aussi volontiers un détour par les Balkans. Avant de s’abandonner à la volupté de gammes vertigineuses aux réminiscences indiennes, en inventant une manière de swing universel breton.

Les musiciens de Norkst ont salué le public à l'issue de leur premier concert à l'espace Glenmor.

Le public, debout, en redemande. La Kreiz Breizh Akademi séduit, et réussit son pari d’un retour en mode majeur des mélodies bretonnes, dans le brassage universel des musiques modales et traditionnelles.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert donné par le collectif Norkst, issu de la Kreiz Breizh Akademi, le dimanche 20 novembre 2005 à l'Espace Glenmor de Carhaix, (Finistère).