Samedi, devant une salle du Glenmor archi-comble

Pierre Perret le troubadour humaniste


Samedi et dimanche, devant un public tout entier acquis à sa cause, le chan- teur Pierre Perret à égrené quelques-unes des plus belles chansons de son répertoire. Passant tour à tour de l'éclat de rire, à la colère ou à l'émotion la plus vive, le troubadour humaniste Pierre Perret a également offert en cadeau, au public enamouré, trois de ses plus récentes chansons en avant-première.

«C'est presque les Vieilles charrues ici !», s'exclame Pierre Perret, à l'adresse d'un public de l'espace Glenmor follement généreux, d'entrée de jeu, en applaudissements nourris. «Je vais vous dire tout de suite ce qui va vous dégringoler sur la théière», s'amuse-t-il, en promettant d'emblée une ou deux chansons nouvelles pour le final. «Si je ne me dégonfle pas.» Dans la salle, les spectateurs frappent déjà la cadence d'un premier instrumental. «C'est pour ça qu'on l'aime dans notre HLM», reprennent-ils, en chœur, à propos de cette gamine des banlieues amoureuse du beau Riri. «J'aime bien le personnage, il est tellement poétique», souffle une spec- tatrice à l'oreille de sa voisine. «Pour faire une chanson, il faut du vécu, le choix des mots et la liberté au bout du stylo», semble lui répondre, presque en écho, Pierre Perret.

Fulgurance poétique

Et de rappeler, guitare en main et mélancolie à fleur de lèvres,


Samedi, dans une salle archi-comble, le chanteur Pierre Perret a reçu un accueil triomphal et enamouré du public carhaisien venu l'applaudir pendant plus de deux heures.


qu'au bout d'un effeuillage de rose en plein été, «le bonheur, c'est toujours pour demain.»

Jouant alternativement de l'éclat de rire, de la colère ou de la dérision, le chanteur masque à peine, parfois, l'émotion qui l'étreint. «T'en fais pas mon p'tit Loup, c'est la vie, ne pleure pas», murmure-t-il, en s'épongeant les cils où coulent des larmes de sueur. «Abraham, c'est encore plus beau qu'on le dit. Y a des Van Gogh à Amsterdam qui ressemblent à des incendies.»

Amoureux de la fulgurance poétique, Pierre Perret, le troubadour de La petite kurde et de Lily, ne craint pas non plus


le coup de gueule protestataire. «Des reporters croupissent en prison dans l'Empire céleste parce qu'ils ont écrit contre la corruption», dénonce-t-il, pas dégonflé, au détour de Liberté zéro, une nouvelle chanson à la triste actualité. «Mélangez vous, mélangez vous, comme dans un mot d'amour, les lettres de l'alphabet», exhorte-t-il, enfin, sous les applaudissements, avec ce dernier refrain en forme d'ultime supplique humaniste.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de Pierre Perret, donné le 14 mai 2005 à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère).


Pierre Perret : «Les Vieilles charrues, c'était magnifique»

Pierre Perret a gardé un souvenir ému de son passage à Carhaix, en juillet 1999. Samedi, dans sa loge de l'espace Glenmor, il s'est confié volontiers à ce sujet. En évoquant, également, peu avant d'entrer en scène, son action discrète en faveur de l'enfance handicapée.


Quel souvenir gardez-vous de votre passage aux Vieilles charrues ?

C'est un bon souvenir. Je pense que les organisateurs eux-mêmes ont été étonnés du succès de tout ça. On m'avait dit qu'il y aurait 10 000 personnes. Il s'est avéré qu'il y en avait quatre ou cinq fois plus ! (rires). Ça m'a fait vraiment plaisir. J'avais déjà fait les Tuileries, à Paris, à l'occasion du 14 juillet ou la Fête de l'Huma, au temps où la faucille n'avait pas encore perdu son marteau. Je crois sincèrement que c'est l'apanage de quelqu'un de populaire de pouvoir affronter ça. C'était magnifique. Tout le monde était participant. Quand je suis sorti en coulisses, les organisateurs m'ont dit : «Continuez, continuez. N'arrêtez pas. Ne faites pas ça !» (rires). Et j'ai fait le double du temps imparti. Entré par la petite porte des Vieilles charrues, je suis sorti par la grande. C'était un public contestataire, partie prenante de chansons que j'avais écrites trois ou quatre ans auparavant, comme «Vert de colère» ou «La bête est revenue.» Le prolongement naturel d'un combat entamé avec les chansons «Lily» ou «La petite kurde.»

La Jeanne d'Arc vient de rentrer au port. Vous vous occupez d'enfants handica- pés Malgaches grâce à elle ?


Pierre Perret a gardé un souvenir ému de son passage aux Vieilles charrues, encore dans toutes les mémoires des carhaisiens depuis juillet 1999.


Ça fait une quinzaine d'années que je m'occupe de ça. Ce sont des enfants en grande souffrance et en grande misère. Victimes du cancer ou ayant subi de graves opérations. Quand je ne peux pas me rendre là-bas, je vais les voir à Villejuif. Je passe aussi beaucoup de temps sur la Jeanne d'Arc avec eux, en Guadeloupe, au Sénégal ou à Rabat. J'ai déployé quelques bienfaits qui leur ont beurré la tartine. Il y a 15 ans que ça dure. Je n'en avais jamais parlé et je trouve que c'est bien mieux comme ça.

On trouve maintenant votre nom au fronton des écoles publiques ?

Oui. Je vais inaugurer prochainement dans le Nord, la 10e école primaire publique qui porte mon nom. Voir ça de mon vivant, vraiment, c'est beau. Il y en a une à côté de Liège, en Belgique.


Je l'ai inaugurée en présence du Premier ministre Belge devant 650 élèves. Ils chantaient en choeur, à moins d'un km du musée de l'Holocauste, ma chanson «La bête est revenue.» Si un jour, j'ai le poil qui s'est hérissé, croyez-moi, c'est ce jour-là. J'étais pas loin de mouiller mes cils. Un des plus petits gamins qui se trouvait là est venu me voir à la fin. Il m'a parlé et m'a glissé à l'oreille : «Le Zizi, ce sera pour la prochaine fois» (rires).

Vos projets immédiats ?

Enregistrer un album à l'automne prochain avec de nouvelles chansons. Et puis, voilà une exclusivité pour vous : fin 2006 je fêterai mes 50 ans de chanson à l'Olympia.