Pierre-Marie Quesseveur, le passeur de théâtre

Il a inauguré le 21 mai 2010 au Glenmor, en compagnie de l’auteur Victor Haïm, la 16e édition du festival de théâtre dont il est l’initiateur. Rencontre avec un Breton amoureux des planches.

Il aurait pu devenir juriste distingué voire, peut-être aussi, un ténor du barreau plaidant théâtralement des causes perdues. « Je suis né à Port-Louis, à deux pas du musée de la compagnie des Indes orientales, d’une mère issue d’une famille de marins-pêcheurs et d’un père juriste », confie en souriant Pierre-Marie Quesseveur.

Initiateur du festival de théâtre qui inaugure, aujourd’hui à Carhaix, sa 16e édition, ce Breton amoureux des planches a d’abord fait ses classes étudiantes à la fac de droit, à Brest. « Mais j’ai préféré me tourner vers l’anthropologie sociale en entrant, au milieu des années 80, dans un labo de recherche du CNRS dirigé par Jean Malaurie (1). Sous sa direction, j’ai travaillé alors sur les questions d’intégration de l’ethnie Sâme, au nord du cercle arctique. »

« Dans la peau d’un Toubab »

Un goût de la recherche et des autres, cultivé aussi dans les sables du désert. « Je travaillais sur les problèmes de désertification de la région du Sahel, aux confins du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie. » Pierre-Marie Quesseveur n’y était pourtant pas dans la peau d’un toubab ordinaire (2), égaré par hasard en Afrique noire. « Je vivais comme elles, dans les tribus Soniké, Peuls ou Bambara. J’habitais une case de terre crue et je prenais le taxi-brousse pour mes déplacements. » Au gré de ses pérégrinations équatoriales, le Port-Louisien habitué à la fraîcheur des embruns océaniques se retrouve bientôt au point le plus chaud de l’Afrique. « À Bakel, au nord du Sénégal, pour y étudier l’aménagement du fleuve Sénégal. »

« Un moyen fantastique »

C’est là, au cœur d’un village Soniké, que Pierre-Marie Quesseveur va troquer ses goûts d’explorateur et de chercheur pour celui d’une commedia dell’arte à la mode africaine.


« Le festival de Carhaix est devenu au fil des années une référence pour de nombreux auteurs et apparaît à leurs yeux comme un l’un des rares événements dédié au théâtre contemporain », se félicite aussi Pierre-Marie Quesseveur. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


« Une troupe de théâtre locale donnait, le vendredi soir sur la place du village, et avec beaucoup de succès, un spectacle satirique des mœurs villageoises. J’ai tout de suite pensé que c’était un moyen de communication fantastique. » De retour en France, notre homme fonde La voix de l’image, une société de presse pour diffuser ses reportages africains. « Malheureusement, ça ne payait pas et je me suis reconverti comme analyste-programmeur. » Il renonce pourtant bientôt à une proposition parisienne de boulot mirifique dans ce secteur. « Je me suis dit : si tu restes là, c’est parti jusqu’à la retraite et, dans 30 ans, tu retourneras comme un touriste en Bretagne. »

« Défendre la création contemporaine »

Il s'installe comme informaticien à Spézet en 1990, où il crée une première mouture de son festival. « On y montait du Feydeau dans des conditions techniques et matérielles difficiles. » C’est en 2000, à Carhaix, que les saltimbanques spézétois migrent et créent Faltazia, leur compagnie. Troupes de théâtre invitées de toute la Bretagne et rendez-vous avec les auteurs de théâtre contemporains se multiplient.


« En 2004, vice-président de la FNCTA (Fédération nationale des compagnies de théâtre amateur), je rencontre Jean-Paul Alègre, Victor Haïm, René de Obaldia et tous les autres. C’est parti de là. » Le 20 mars dernier, il organisait dans une petite salle à Paris, une rencontre d’auteurs avec René de Obaldia. « 200 personnes. Un moment fabuleux. Une rencontre très forte. » Reconnu par ses pairs, Pierre-Marie Quesseveur vient aussi de lancer avec eux un collectif national appelé Actions théâtre. « Pour défendre la création contemporaine. Je reste un passeur de théâtre avant tout », sourit-il.

Jean-Pierre Bénard

(1) CNRS : Centre national de la recherche scientifique. Jean Malaurie : ethnologue et écrivain, défenseur des minorités ethniques, fondateur et directeur des éditions Terre Humaine, par ailleurs éditeur du Cheval d’orgueil, de Pierre-Jakez Helias.

(2) Toubab : surnom donné aux Blancs par les Africains francophones.