Pierre Richard : « Le rire, ma dose de vitamines »

L’acteur, scénariste et réalisateur, était à l’affiche du Glenmor, le dimanche 11 décembre, avec son spectacle seul-en-scène Franchise postale. Entretien avec le grand blond au bout du fil.

Vous semblez avoir noué une collaboration de longue date avec Christophe Duthuron, le metteur en scène de Franchise Postale ?

Effectivement. On avait tourné un premier spectacle qui s’appelait Détournement de mémoire. Nous l’avions écrit ensemble. Il a fait la mise en scène, puis le spectacle a été joué cinq ou six mois à Paris, avant une tournée en France. On a enchaîné avec Pierre et fils, écrit avec Pierre Palmade. Enfin, Franchise Postale est notre troisième spectacle créé ensemble. Je lui raconte tout ce que j’ai pu vivre avec des grands acteurs ou des personnages un peu hors du commun. Évidemment, je lui ai confié celles des anecdotes qui sont les plus cocasses et les plus drôles. Parfois, les plus émouvantes. Et on s’est amusé à en faire un spectacle ensemble.

Est-ce que par hasard, vous seriez une manière de SDF philosophe ?

Oh, je n’ai pas les mêmes problèmes que les SDF tout de même ! (rires au bout du fil). Dans ce sens-là, on peut penser que j’ai toujours eu du mal à trouver ma famille. Aussi bien dans ma jeunesse, que par la suite quand je suis devenu acteur. À part quelques années exceptionnelles, j’ai parfois du mal à trouver mon buisson. Oui, alors c’est vrai que c’est philosophique. Vous avez bien dit le mot. Passons tout de même sur le fait que je sais où dormir et bien au chaud !

L’art du déséquilibre, tel un funambule plein de naïveté sur un fil tendu, c’est ce qui vous caractérise ?

Dites plutôt innocence que naïveté. La naïveté, ça va jusqu’à 12 ans. Après, ça fait un peu bébête, surtout vers la fin ! Alors que l’innocence, c’est une qualité que je revendique et que je souhaite à chacun, jusqu’à la fin de ses jours. Une capacité d’émerveillement et d’étonne- ment devant les choses. Le jour où on ne l’a plus, c’est déjà une demi-mort. Le déséquilibre, au fond, c’est un révélateur. C’est une alerte. C’est mettre un peu un pavé dans une mare. C’est une façon d’interpeller les gens sur les absurdités d’une vie un peu trop convenue.

C’est ce que vous essayez de dire à travers votre spectacle ?

Dans Franchise postale, j’essaye de dire mon amour de la vie et de faire passer une certaine idée du bonheur.


Pierre Richard, dans Franchise postale, mise en scène de Christophe Duthuron (crédit photo : Anne Gayan).


Il y a des gens qui ont une aptitude au bonheur, mais il y a aussi des gens qui n’ont pas cette aptitude, malgré qu’ils aient en main tous les atouts : l’argent, la santé, la position sociale.

Avec votre soutien à des projets humanitaires, est-ce qu’on peut dire que vous avez été un indigné avant la lettre ?

De ce point de vue, oui, peut-être. Mais pour être un indigné efficace, il faut être nombreux ! Et j’espère qu’il y en aura de plus en plus. Alors, j’essaye d’entraîner des gens autour de moi, et aussi mes amis. Je crois que ça vient de mon enfance. On parlait tout à l’heure de capacité d’émerveil- lement ou d’indignation. Je crois que ça vient de là. Je me suis toujours senti concerné par les génocides : ceux des Indiens d’Amérique du Nord, puis ceux d’Amérique du Sud. Mais pas non plus depuis l’âge de trois ans. Il ne faut pas exagérer (rires).

Qu’est-ce qui fait que vous avez toujours envie d’être sur scène ?

Dès lors que je joue, même fatigué, avec le public devant moi, ça me déride. Ça me guérit de tout et j’en sors souvent en meilleure forme qu’avant d’être entré sur scène.


Faire rire c’est quelque chose dont on n’imagine pas à quel point c’est tonifiant, dynamisant. Dans ce spectacle où on rit beaucoup -- et j’espère que ce sera le cas à Carhaix -- le rire, c’est ma dose de vitamines. Il y a des médicaments qui vont font du bien pour une chose et du mal pour d’autres. Là, avec le rire, c’est du pur bonheur.

Le théâtre et le rire, c’est une manière pour vous de vous tenir debout ?

Oui, c’est de la vitamine. Exactement.

Recueilli par Jean-Pierre Bénard




Entretien avec l'acteur Pierre Richard avant son spectacle du 11 décembre 2011 au Glenmor, à Carhaix, et publié le 7 novembre 2011.