Un colloque international rassemble 70 participants au Glenmor

La poésie des sans papiers de la chanson


Samedi, à l’occasion d’un colloque international, sur la poésie chantée, les langues bretonnes, gaéliques, gali- ciennes et basques ont bruissé toute la journée entre les murs de l’espace Glenmor. Chercheurs universitaires, poètes et chanteurs venus de tout l’arc atlantique, ont partagé leur passion commune pour la musique des mots et la chanson traditionnelle du monde rural.

Entre les chansons transmises uniquement de façon orale, «par les sans papiers de la chanson», selon le mot de Daniel Giraudon, professeur de breton à l’UBO, et les complaintes et autres gwerzioù transmises par feuilles volantes imprimées du XVIIe siècle jusqu’aux années 50, un point commun : celui de l’amour des mots, de la poésie et de la musique.

«La poésie est un plaisir égoïste que je pratique, rien que pour entendre la musique des mots d’une langue bretonne qui me tient à la couenne des os», s’exclame, le poète Yann-Ber Piriou, à l’occasion de la table ronde rassemblant, samedi dernier à l’espace Glenmor, des écrivains et chanteurs des petits pays bordant l’Atlantique. «Ma mère rimaillait toute la journée du matin au soir. J’ai été élevé là-dedans»,


Samedi, à l’espace Glenmor, un colloque international sur la poésie chantée a rassemblé de nombreux auteurs, poètes et chanteurs invités par Francis Favereau, professeur à l’université de Rennes 2. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


confie, de son côté, en breton, l’auteur Fanch Péru, au milieu d’un parterre d’auteurs venus de Galice et d’Irlande, en passant par le Pays Basque et la Bretagne. «Je me suis intéressé au lien entre la poésie et la musique avec la poésie de Lamartine, bien avant d’écrire en breton», explique, pour sa part, Jef Philippe, en évoquant des souvenirs familiaux bercés par les textes de Brel et Brassens.

Une musique des mots

«La langue bretonne a une musique, un rythme et un pouvoir d’émotion bien supérieur à la langue française», affirme, à son tour


avec passion, Louis-Jacques Suignard, un jeune chanteur bretonnant, auteur d’un album paru récemment chez Coop-Breizh. Une musique des mots ressentie, également, par Aurélie Arcocha-Scarcia, professeur de langue et littérature basque à l’université de Bordeaux. «Le Basque est aussi une langue très musicale avec beaucoup de voyelles. Le chant fait partie de notre quotidien et j’y vois une communauté d’esprit avec les pays celtes.»

Une sensibilité commune, de la lecture fervente d’un poème en gaélique par Diarmuid Johnson, du bureau européen des langues minoritaires, aux prises de parole en langue bretonne des chanteurs et poètes présents.

Yann-Fanch Kemener et Erik Marchand figuraient parmi le plateau d'artistes bretons, invités samedi, à l'occasion de la soirée concert de clôture du colloque sur la poésie chantée. (Photo©Jean-Pierre Bénard).

Et une affirmation. «Celle de la modernité la plus absolue de leurs traditions ancestrales», souligne, dans un français éblouissant, la chercheuse galicienne Maria Lupo, à propos du chant âpre et a cappella des femmes de la Galice rurale. «Un chant grâce auquel ce qu’il y a de plus vrai et de plus autochtone chez elles, rejoint l’universel», conclut-elle, en manière d’hom- mage aux poètes sans papiers de la chanson.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du colloque international universitaire sur la poésie chantée, organisé le samedi 17 septembre 2005 à l'Espace Glenmor de Carhaix, (Finistère).