5) Le Quadrille

Le Quadrille est une danse du XVIIIe siècle d'origine européenne. Elle fut tout d'abord adoptée par les colons des milieux bourgeois, puis adoptée par le milieu rural. Cette adoption fut influencée par les musiques déjà existantes dans les campagnes.
Le quadrille comprend à la fois des apports d'origine européenne et des apports d'origine africaine. Au plan d'accompagnement instrumental de la danse, se côtoient l'accordéon, le violon, la guitare, aux côtés du cha-cha (hochet), du criac (racleur) ou du tambour de basse (tambour sur cadre). Cette musique fortement métissée, a conservé certaines caractéristiques du quadrille européen, par les carrures binaires, l'absence de modulation, la constante des trames harmoniques. Toutefois l'apport africain se manifeste dans l'aspect syncopé des mélodies et des rythmes.
Le quadrille est une musique pour laquelle la variation et l'improvisation sont très développés. Le quadrille est une musique complexe qui demande des musiciens expérimentés pour son exécution.

Plusieurs formes se côtoient :

  • Le Quadrille au commandement (Grande Terre)
  • Le Quadrille sans commandement (Basse Terre)
  • Le Quadrille des lanciers (Région de Sainte-Anne)
  • Le Quadrille comprend plusieurs figures qui ont chacune une base rythmique différente :

    1) Entrée
    2) Valse
    3) Pantalon
    4) Été
    5) Poule
    6) Pastourelle
    7) Biguine

    L'orchestre de Quadrille est constitué d'un accordéon (ou parfois d'un violon), qui exécute la partie mélodique.

    Certains groupes utilisent également le saxophone dans ce rôle. De nombreux instruments de percussion sont présents dans les orchestres de Quadrille : Tambours de basse, triangle, criac, cha-cha, cloche, "tic-tac" ou "ti-bà". La guitare peut également être utilisée pour un rôle d'accompagnement.

    Pour en savoir plus sur les instruments du quadrille.

    Le personnage central du Quadrille est le commandeur qui mène la danse en donnant les consignes pour l'exécution des figures.
    Les bals à Quadrille sont organisés par de nombreuses sociétés, parfois très anciennes, situées surtout en Grande Terre. Des personnes, souvent d'un âge mûr, et parfois quelques jeunes, suivent les activités de ces associations dans le cadre des bals ou de cours d'initiation. La mise en représentation des participants est importante. Des attitudes déterminées, reconnues correctes, la bonne tenue vestimentaire, se démarquent d'autres manifestations de musique traditionnelle comme les Lewoz par exemple. Alors que les musiques de Gwo-ka furent maintenues dans les réunions secrètes issues de la tradition des nations (Bamboula, maçon, léroz), les musiques de Quadrille appartenaient au mouvement des sociétés mutualistes.

    6) la Mazurka Créole

    Il s'agit d'une danse d'origine savante et européenne, adoptée par les orchestres antillais du début du XXe siècle. Alexandre Stellio, fameux musicien martiniquais, popularise cette danse, dans les années 1920, en y incluant une nouvelle figure : « La nuit ». La mazurka créole se compose de deux figures : le piqué et la nuit.

    A l'origine appartenant au répertoire des orchestres de bal, la mazurka est tombée en désuétude et ne continue a être interprétée que par quelques musiciens et groupes revivalistes, tel l'orchestre Musica composé de violons, guitares, piano, basse et batterie. Elle est conservée également par certains groupes folkloriques, tels Les Balisier à Basse-Terre, uniquement en situation de spectacle.
    La mazurka créole se différencie de la mazurka européenne sur le plan rythmique. Elle peut être décomposée en 6/8, alors que la mazurka métropolitaine est pensée en 3/4.

    7) La Valse Créole

    L'histoire de cette danse est apparentée à celle de la mazurka. Elle s'inscrit dans la même époque, avec le même type de formation orchestrale composée de musiciens ayant reçus un apprentissage dans les sociétés musicales ou auprès de professeurs. Bien que n'ayant pas été valorisée comme la biguine, elle appartient, comme elle, au répertoire de musiciens citadins. Conscients de l'intérêt de ce répertoire, certains anciens musiciens se consacrent à la revalorisation de la valse, de la mazurka et de la biguine en maintenant des formations traditionnelles pour ce type de répertoire. Un travail de recherche auprès de ces anciens musiciens reste à réaliser (Roger Joseph ou Fernand Pentier par exemple).
    La Martinique a su mettre en valeur les musiques traditionnelles de bal et les formations orchestrales anciennes (cf le groupe Malavoi). La Guadeloupe pourrait en faire de même.

    8) La Biguine

    La biguine est née d'un croisement des cultures musicales aux Antilles. Autour d'une dynamique culturelle très forte avec la création de sociétés musicales et l'organisation de concerts, les villes de la Martinique et de la Guadeloupe ont vu apparaître des orchestres de bal identiques aux orchestres de jazz de la Nouvelle Orléans.

    Composés de clarinettes de tambours et de banjos, associés par la suite à la batterie, ces orchestres popularisent la biguine dans les années 1920. L'aspect syncopé de cette musique, le développement de l'improvisation, la recherche harmonique, firent le succès de la biguine et de ses musiciens, aux côtés du jazz. Alexandre Stellio, excellent clarinettiste, fit reconnaître la biguine, dans les années 1930 en Métropole.
    A Paris, plusieurs cabarets ou boites de nuit virent la gloire de la biguine et de ses musiciens, surtout de 1930 à 1940. Certains musiciens de jazz guadeloupéens, tels Robert Mavounzy ou Sylvio Siobud participèrent à ce succès.

    Al Lirvat, tromboniste réputé, enrichi la biguine par des orchestrations plus complexes dans les années 40 et crée « la biguine wabap ». Edouard Benoit, issu d'une famille de musiciens, clarinettiste et saxophoniste, conseiller pédagogique en éducation musicale et chercheur a écrit un ouvrage de référence :

    Musique populaire de la Guadeloupe, De la Biguine au Zouk 1940-1980. A propos du zouk, beaucoup de musiciens de biguine ne reconnaissent pas le zouk comme une musique traditionnelle, mais comme une musique qui n'est pas véritablement définie au plan rythmique et qui appartient au domaine commercial et à un phénomène de mode très passagère.

    9) Musiques des Communautés Hindoues

    De 1854 à 1889 s'installent en Guadeloupe des communautés de travailleurs provenant de l'Inde. D'autres pays des Antilles ont connu cette immigration. Ces nouvelles populations ont une origine majoritairement Tamoul. En Guadeloupe, elles sont installées au pied de Matouba (commune de Saint-Claude) et, dans une moindre proportion dans les communes de Capesterre, Saint-François, Le Moule, Petit-Canal, Port Louis, Sainte-Anne, Sainte- Rose. Elles se sont parfaitement adaptées au climat et à l'économie locale, car provenant principalement de régions tropicales.Aujourd'hui la communauté d'origine hindoue est évaluée à 50 000 personnes en Guadeloupe. Malgré les origines diverses qui a entraîné un métissage des cultures hindoues (avec toutefois une prédominance de la langue Tamoul), la culture indienne est très vivante en Guadeloupe où elle a perduré surtout grâce à l'importance des cultes. Ces manifestations cultuelles (naissance, décès...) sont accompagnées musicalement. Les instruments pratiqués sont :

  • Les Matalons : tambours à deux membranes
  • Les Talons : cymbalettes
  • Les Tapous : gros tambours joués avec des baguettes qui servent également
    l'appel.

    La pratique vocale est à la base de la tradition musicale. La danse reste très vivante, surtout au travers du Nadron qui est un théâtre traditionnel mettant en scène des épopées ou la vie des divinités. Ce type de représentation se déroule durant des nuits entières et demande beaucoup de répétitions.

    Les Nadrons les plus connus sont :

  • Le Nallatanga
  • Le Madurai-virin nadron
  • Le Ramana nadron
  • le Desengou nadron

    Chacune de ces oeuvres possède un déroulement précis. Il existe des maîtres capables de diriger les nadrons, mais ces personnes sont actuellement âgées. Cependant tous les nadrons ont été filmés en vidéo.

    Des associations très dynamiques oeuvrent pour une valorisation des traditions hindoues. Certains acteurs principaux de ces associations sont en train de réaliser un travail de recherche dans un cadre universitaire.

    Monsieur Elie Shitalou de l'Institut du Monde Indien étudie les rites autour des temples. Monsieur Jacques Sidambarom, de l'association des "Amis de l'Inde", étudie les danses.

    10) Autres styles musicaux

    Les principaux styles de musiques traditionnelles - reconnus comme tels - qui ont été décrits plus haut, font l'objet d'une large pratique ou d'une reconnaissance auprès des associations, des chercheurs et des institutions.
    Toutefois, une recherche serait à mener sur des pratiques plus marginales. De petites communautés pourraient avoir maintenu des pratiques musicales originales.

    Dans cette enquête, il a été évoqué l'existence actuelle ou ancienne de musiques particulières (chants de marins, complaintes en français, musique de « petits blancs », musiques orientales, chants de travail, chants de labours, musiques des îles dépendantes de la Guadeloupe, musiques des communautés congos installées après l'abolition de l'esclavage dans la région de Capesterre.


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