L'association Accords-MJC a fêté ses dix ans avec une pléïade d'artistes

Surprise partie rock'n roll au Vauban


L'association Accords-MJC est la réunion des deux Maison pour tous brestoises, oeuvrant ensemble depuis 10 ans, pour proposer au public du Vauban une programmation axée sur les talents méconnus, ou les artistes à découvrir dans le domaine de la chanson française et du blues.

De nombreux musiciens, et habitués de ce haut lieu finistérien de la musique, s’étaient donnés rendez-vous pour cette nouvelle soirée.

La pianiste Dominique Martin et Bruno Nevez, guitariste de jazz bien connu de la scène brestoise, figurent parmi le plateau d'artistes invités à l'occasion de ce dixième anniversaire. Tour à tour au piano et au chant, alternant les reprises de chansons de Gainsbourg et de Brel, Dominique Martin est accompagnée à la guitare par Bruno Nevez. Une ouverture de soirée assumée avec beaucoup de talent et d’assurance par l'artiste, avant de laisser la place à l’interprétation d'une série de standards de jazz interprétés par le guitariste et quelques-un de ses amis musiciens.

Boby Lapointe et Jump For Joy

Fin connaisseur de Boby Lapointe et de la quasi-intégralité de son répertoire, François Bellande ne tardait pas à occuper la scène du Vauban à son tour, pour un hommage à ce jongleur de rimes iconoclastes et de calembours musicaux, accompagné au piano par Dominique Martin.

Dominique martin et François Bellande
Dominique Martin et François Bellande.

Le chanteur Boby Lapointe a laissé derrière lui une série impressionnante de chansons écrites dans une prose débridée et ludique, parsemées de coq-à-l'âne aux accointances surréalistes. Son goût jubilatoire pour les jeux de mots et les phrases en tête à queue débitées au rythme effréné d'une diction haletante, constituent une vraie performance pour la mémoire du chanteur. Et en font certainement un des auteurs les plus redoutables à interpréter. François Bellande relève crânement le défi, même si, trois chansons plus tard, il nous laisse un peu sur notre faim en quittant la scène du Vauban sur l'évocation du tic-tac obsédant du seul réveille-mâtin de «Ta Cathy t’a quitté.»

Stridences saxophoniques

L’heure était venue pour la musique de Louis Jordan, musicien noir américain des années quarante. Le génial inventeur d'un swing syncopé et électrique précurseur d'une musique que Bill Haley, autre musicien américain de peau blanche celui-là, n'allait pas tarder à imiter en la popularisant sous le nom de rock’n roll.

D’entrée de jeu, les musiciens de Jump For Joy installent un climat survolté. A la manière d'une surprise partie animée par un orchestre de lycéens nord-américains envoûtés par le boogie-woogie, Pikey Butler à la contrebasse, Michel Pronost à la guitare, et Philippe Guénnou au saxophone, s'en donnent à coeur joie dans une surenchère de déhanchements syncopés.

Jump For Joy sur scene
Phillipe Guénnou au saxophone.

Le piano crépitant de Christophe Léveillard, et la batterie toute en finesse de Gérard Macé, ne seront pas en reste pour donner au public du Vauban, le sentiment d’avoir basculé dans un film rock'n roll des années cinquante. Ces lascars-là ont du talent pour précipiter leurs auditeurs dans une atmosphère de claquements de doigts et de rocks tourbillonnants. Les musiciens de Jump Fort Joy ont visiblement tout assimilé de cette musique du rock'n roll des origines, métissée des couleurs noires et blanches issues du grand brassage américain. Michel Pronost et Philippe Guénnou en font la démonstration sur la scène du Vauban à grands coups de riffs de guitare et de stridences saxophoniques.

Souvenirs, souvenirs

L'extravagance juvénile et l'énergie scénique de la bande à Pikey Butler sont bluffantes. C'est bien le moins qu'ils puissent faire pour donner une idée du goût pétillant et du ressort électrique du rock'n roll original de Louis Jordan.

Jump For Joy sur scene
Surprise Partie avec Jump For Joy.

Les musiciens de Jump For Joy réussissent fort bien dans leur entreprise. Dans la salle, on retrouve déjà le goût du chewing-gum et du déhanchement rock'n rollien. On se passerait volontiers du gel dans les cheveux, histoire de se refaire une banane plus vraie que nature et de pouvoir crier «Oh les filles, oh les filles ! », sur un rythme binaire.

Jump For Joy
«Pikey» Butler, contrebassiste fondateur de Jump For Joy.

Ah, la nostalgie des Studebaker, des Buicks chromées rutilantes, roulant silencieusement sur la Route 66 vers l’Ouest américain. Souvenirs, souvenirs, de ces Rock’n Rolls endiablés accompagnant les premiers émois de générations d'adolescents. Une jeunesse ravie de faire exploser le corset des années soixante en goûtant à une toute nouvelle permissivité amplifiée par la danse, les surprises parties et l'écoute d'une musique devenue l'emblème d'une génération. Les enfants du baby boom font hurler leur Teppaz et s'approprient un Rock'n Roll jamais vraiment démonétisé depuis, malgré une mort mille fois annoncée.

Avec leur musique trépidante, les musiciens de Jump For Joy nous ont donné l'envie ce soir-là, de suspendre la fuite du temps pour entamer avec eux un tour de piste haletant. Et de nous fondre au milieu des danseurs pour goûter encore une fois à l’éternelle jeunesse subversive du Rock’n Roll. Chapeau.

Jean-Pierre Bénard.

Chronique de la soirée donnée au Vauban, à l'occasion des dix ans de l'association Accords-MJC, le vendredi 23 février 2001 (photos©Jean-Pierre Bénard).

Pour ses 10 ans de programmation «coups de coeur», Accords a édité un CD florilège diffusé gratuitement, sur lequel figurent entre autres : Jehan, Romain Didier, Philippe Marlu, Claude Besson, La baronne, Stéphane Block, Dominique Martin, Le Rêve du Diable, César Stroscio, Churchfitters, Jean Sabot, Lars Dacquay, Gwenael Kerleo, Etienne Grandjean, Gilbert Bescond, Mama Bea Tekielski, Kilimandjaro, Jump For Joy, Two Timers, Yog Sototh. etc.

Renseignements : MPT Penn Ar Creac'h, rue du prof. Chrétien 29200 BREST. Tél : 02 98 02 29 75


Plus d'images avec la galerie de photos de la soirée Accords au Vauban

Dernière mise à jour mardi 23 décembre 2014, 9:17