Le festival rock de Saint-Thois rassemble 300 spectateurs

La fête de nuit bretonne de Red Cardell


Vendredi, repliés sur la salle Ti Toud an Dud pour cause de météo incertaine, les 300 spectateurs rassemblés pour les dix ans de l’association Chevaux loisirs ont assisté à un somptueux concert de rock. Avec Basta en 1ere partie, Red Cardell a donné une allure de jolie fête de nuit bretonne au festival rock sainthoisien.

La sono exhale des fragments de voix nasillardes, réminiscences de couplets de kan-ha-diskan des sœurs Goadec mêlés de rythmique plin. «Une chambre trop vide d’un hôtel de banlieue, à deux pas d’une gare pour un dernier adieu», lance Jean-Pierre Riou, le chanteur de Red Cardell, avec cette tranche de vie ballottée métalliquement sur les aiguillages cadencés d’une gare fantôme. «La liberté, j’en rêve tout le temps», s’écrie le chanteur, sur les couplets d’une valse en forme d’hymne incantatoire à la liberté.

Dans la salle, les 300 spectateurs de Ti Toud an Dud chaloupent, bras dessus, bras dessous, gagnés par la conviction libertaire de l’artiste sur un plin anticolonialiste. «Faites-nous une vague qui sent les pubs», s’exclame-t-il, à l’adresse du public, en entonnant une goualante portuaire anglophone, comme jamais un Jacques Brel n’a psalmodié Amsterdam avec l’accent dublinois. Une intro de guitare bluesy plus loin, et le musicien donne au tube traditionnel des frères Morvan un goût jamaïcain prononcé.


Les musiciens de Red Cardell ont donné une allure de fête de nuit bretonne au concert rock organisé à l’occasion des dix ans de Chevaux loisirs.

«Joli coucou, je t’ai entendu chanter», scande-t-il, en hommage aux rois du kan ha diskan, sur fond de rythmique reggae tricotée par la batterie électro de Manu Masko.

Mélopée balkanique

L’accordéon de Jean-Michel Moal s’emballe à son tour sur une mélopée balkanique. «Même si ça ne dure qu’une seconde. Même si je l’ai déjà vécu. Le temps qui passe est bienvenu», lance encore le chanteur, le vague à l’âme et la guitare solo acoustique en bandoulière. Manu Masko, le batteur, reprend ses droits tout à trac et martèle un tonnerre de décibels à faire trembler les murs, entre deux chorus d’harmonica ou de bombarde.

Au-devant de la scène, les spectateurs, ravis, entament une fête de nuit bretonne sur un dernier pot-pourri de gavottes des Montagnes et d’andro nevez. Loin des paillettes et des faux-semblants, Red Cardell a chaleureusement fêté les dix ans de Chevaux loisirs avec une musique populaire qui parle au cœur des gens.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de Red Cardell à Saint-Thois (Finistère), le 20 août 2004.