« La chanson, c’est un pétillement du cerveau »

Le chanteur morlaisien Renan Luce est revenu en voisin au Glenmor, avec D’une tonne à un tout petit poids, un nouvel album entre pop et folk. Entretien avec un auteur qui excelle dans l’art du récit et de l’ellipse.

Brassens, Yves Duteil ou Anne Sylvestre font partie de vos chanteurs de chevet. Vous avez aussi vu Charles Trenet et Claude Nougaro sur scène. C’est la chanson française qui vous a fait chanteur ?

Oui. C’est vrai que j’ai été baigné dans la chanson française. Yves Duteil et Anne Sylvestre, c’était dans la petite enfance. Brassens lui, ne m’a jamais vraiment quitté. Enfant, on aime le côté un peu comptine des chansons. Plus tard, on comprend mieux la dimension poétique de son œuvre. J’allais aussi beaucoup aux spectacles et concerts, au théâtre de Morlaix ou au Quartz, à Brest. J’avais des parents qui avaient cette envie d’éveiller notre curiosité. Très rapidement, je me suis dit : voilà, c’est ça que je veux faire. Il y a une part de mystère dans ce métier. On voit des gens sur scène qui ont l’air libres et heureux et ça me donnait très envie.

Qu’est-ce qui vous a donné le goût de jouer avec les mots et les rimes ? Vos lectures de jeunesse ou bien un professeur de lettres plus passionnant que les autres ?

La sonorité des mots et les phrases qui retombent sur leurs pattes. Ça me parle. On peut raconter n’importe quelle histoire, si la rime est belle, tout se justifie. Bob Dylan commençait d’abord par remplir de rimes ses fins de phrases musicales avant de pousser son travail d’écriture. Ce genre d’exercice, c’est quelque chose que je comprends. Je le retrouve dans cette forme de puzzle qu’est l’écriture d’une chanson. Il faut avoir en tête ces sonorités et les travailler, tout en restant dans la logique de son histoire. J’aime aussi que les rimes prennent le pouvoir et m’emmènent parfois vers quelque chose de nouveau.


« Une chanson, c’est souvent un bout d’idée qui arrive. Il faut savoir se laisser aller à l’émotion, prendre sa guitare et c’est souvent comme ça que les meilleures s’écrivent », confie aussi Renan Luce à l'occasion de son concert sur la scène du Glenmor, le 8 novembre 2014.


Dans Amoureux d’une flic, l’une des chansons de votre denier album, vous vous moquez gentiment des papas soixante-huitards et vous faites montre d’une écriture très elliptique, à l'image du langage cinématographique. C’est voulu ?

Il y a ce côté jouissif de partir d’une idée assez vague : je suis dans la rue, je me fais verbaliser par une policière, la fille me plaît... Que peut-il se passer ? Après, est arrivée l’histoire du père qui m’a plu et sur laquelle j’ai un peu tout recentré. Oui, j’essaye d’être le plus précis possible dans mon écriture avec trois couplets pour qu’il ne manque rien, des jolies images et des choses drôles.

L’ellipse, quand elle est bien maîtrisée, ça fait gagner du temps et ça donne ce petit pétillement du cerveau que j’aime bien. La phrase d’après, on comprend que du temps a passé mais on devine aussi facilement ce qui s’est produit entre-temps. J’aime bien ce genre de raccourcis qui font que tout est dans le non-dit.


Réponse à tout, une des chansons de votre dernier album, est dédiée à votre fille. Vous allez ouvrir votre concert à Carhaix avec ce titre ?

Oui, c’est une chanson que j’aime bien pour ouvrir musicalement. Elle est toute en montée, avec beaucoup de douceur et de mélancolie. J’aime ce qu’elle raconte. On peut y entendre ce que je dis à ma fille et je me sens très à l’aise pour ouvrir mon concert en l'interprétant.

Au Glenmor, est-ce que vous serez accompagné sur scène ?

Oui, nous sommes cinq sur scène. Il y a un deuxième guitariste, un bassiste, un batteur et un clavier. Une formule assez énergique qui dénote pas mal par rapport à mes disques. Sur scène, cette dimension un peu plus rock’n’roll est due à la présence des gens, au plaisir d’être là et à la nature des musiciens qui m’accompagnent. Il y aura beaucoup de chansons du nouvel album et aussi des titres de mes disques précédents..

Recueilli par Jean-Pierre Bénard



Entretien avec le chanteur Renan Luce avant son spectacle du 8 novembre 2014 au Glenmor, à Carhaix, et publié le 31 octobre 2014.