Le métal brûlant du Renegades Steel Orchestra

Le Renegades Steel Orchestra a donné un concert de bidons métalliques devant 250 spectateurs, le dimanche 16 novembre 2014 au Glenmor.

Une paire de mailloches dans les mains, la douzaine de musiciens du Renegades Steel Orchestra s’avance sous les lumières bleues métalliques du Glenmor. En smoking d’apparat et robes aux motifs caribéens, les interprètes hommes et femmes venus des îles Trinité et Tobago prennent possession de leurs pupitres de percussions aux tessitures sopranos, altos, ténors et basses. Dos au public, le chef Soca, alias Andrew Brumant, lance, du bout des doigts, les premières mesures d’une Fugue en sol mineur de Jean-Sébastien Bach.

À l’avant-scène, le regard concentré, les trois musiciens du pupitre soprano effleurent le fond martelé de leurs pans (casseroles, en anglais) chromés. Transcrites pour orchestre de percussions métalliques par Desmond Waithe, à la demande des Folles Journées de Nantes, les multiples voix de l’œuvre de Bach se superposent avec toutes les nuances de la partition originale.

Sur le plateau du Glenmor, les virtuoses de cet ensemble philharmonique venu des Tropiques enchaînent avec une maestria confondante cantates du compositeur allemand, Ave Maria de Schubert, Danses hongroises de Brahms et Toccata et fugue en sol mineur de l’organiste de Leipzig.


Sous les projecteurs du Glenmor, les musiciens du Renegades Steel Orchestra ont donné un concert époustouflant de virtuosité harmonique. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


Dans la salle, le public médusé n’en revient pas qui jurerait avoir entendu tonner grandes orgues et violons magyars déchaînés.

French cancan

À la reprise, changement de style. Maillots orange vif, jeans, baskets et baguettes de bois dur ont remplacé tenues de concertistes et mailloches délicates abandonnées dans les loges. En fond de scène, le chef Andrew Brumant s’est mué en batteur métronomique, flanqué d’un alerte joueur de congas.


Place aux musiques de carnaval, aux pulsations reggae et aux effusions du calypso. Tels des forgerons enfiévrés, les percussionnistes du Renegades Steel Orchestra chauffent le métal des tambours qui happent les tympans dans une rythmique tropicale de folie. Des spectateurs n’y tiennent plus qui se déhanchent à l’avant-scène. Ultime clin d’œil, le combo de Trinidad exécute Orpheus -- hommage rendu au french cancan d’Offenbach -- et, belle revanche sur l’histoire, hisse la musique populaire des Caraïbes au plus haut sommet.

Jean-Pierre Bénard


Chronique du concert donné par le Renegades Steel Orchestra novembre 2014, à l'espace Glenmor à Carhaix (Finistère).