Richard Gotainer : « Les Bretons sont des gens chauds »

Richard Gotainer, l’auteur du Mambo du décalco et de Primitif est en concert samedi au Glenmor. Entretien avec un chanteur trublion aux talents multiples.

Votre art du collage et de la rupture de ton, ça vous vient de votre passage dans la pub ?

Ne faites pas cette erreur commune de considérer que ça me vient de la pub. C’est pour la même raison que j’ai fait ça et le reste. Avec la pub, j’ai appris ce qu’on apprend à l’école : à faire court, à ne jamais faire de digression et aller droit au but. Il faut dire que j’ai été gâté. J’ai rencontré de formidables musiciens et aussi Celmar Engel, auxquels je dois tout, pour ce qui est de la couleur de mon son. Mais ce qui fait surtout ma particularité, c’est mon envie de raconter des histoires.

Certaines de vos chansons font en effet penser à de petits films...

C’est un peu ça. Des films musicaux. Je me reconnais bien là. Même si je n’ai malheureusement pas le talent d’un Boris Bergman (*), que je respecte comme auteur de chansons. Gaby, par exemple, je ne peux pas le faire. Je ne sais pas. Notez bien : j’aimerais, hein ! (rires). Une chanson très représentative de ce que je fais : c’est Les trois vieux papis, par exemple. Là, on est vraiment dans un film.

Est-ce que vous auriez une vocation de cinéaste rentrée ?

Pas si rentrée que ça ! (rires). D’abord, parce que j’ai quand même réalisé ou coréalisé pas mal de mes clips. C’est un truc que j’aime bien faire. À ce sujet, la plupart des gens ne le savent pas - parce que c’est un aspect de ma biographie que je ne mets pas en avant - mais je suis plutôt bon photographe et j’ai le sens du cadre. En ce moment, par exemple, j’ai des projets de courts-métrages avec mon fils.

Vous avez réalisé un long-métrage en 1990 ?

Vous voulez parler du Rendez-vous au tas de sable ? Oui. C’est un film qui n’a pas, mais alors on va dire, pas du tout marché. La bonne surprise, c’est que j’ai été obligé depuis, sous la pression des amateurs, d’en ressortir une réédition remastérisée en DVD. Même si ce film n’a pas eu de succès commercial, il est un peu devenu un film culte et ce n’est pas si loupé que ça. Il y a même des aficionados ! Des gars qui en connaissent les répliques par cœur, un peu comme pour Les Tontons flingueurs.


« Je suis sur scène avec des gars sympas et rigolos qui se donnent à fond dans le spectacle. Avec eux, on fait faire du yo-yo à l’âme et au cœur du public », confie aussi Richard Gotainer (photo : droits réservés).


Henri Salvador fait partie de vos références ?

Oui, ça a déjà été mentionné. Mais, avec l’évocation de Boris Vian, ça m’ennoblit un peu et je ne voudrais pas que ça ait l’air prétentieux. Chez Henri Salvador, on voit surtout le clown. Comme moi. Mais il n’a pas fait que Zorro est arrivé. Il y a aussi Jardin d’hiver et autres chansons tendres. À mon sujet, on a aussi parlé de Queen et Zappa. À cause des aspects opéra rock, des chœurs et du côté théâtral ou démonstratif de mes chansons.

Votre spectacle c’est : « comme à la maison »?

Oui. Ça sous-entend qu’il pourrait ne pas y avoir les chansons que les gens attendent (rires). Évidemment, on les fait quand même. On y est presque obligés : je ne vois pas les Rolling Stones ne pas faire Satisfaction ! Je suis condamné avec plaisir à chanter Le Mambo


du décalco, Youki, Primitif et tout ça. Je trimballe les spectateurs d’une chanson sensible ou poétique à une autre plus rigolote. C’est en ça que c’est un spectacle comme à la maison. Comme j’ai envie de le faire.

La Bretagne, vous connaissez ?

Les Bretons sont assez rock’n’roll, non ? Entre cornemuse et biniou, il doit bien y avoir un cousinage avec les Grands Bretons ? Je ne sais pas s’il faut chercher du côté des racines celtes. En tout cas, pour moi, les Bretons sont des gens chauds et virulents. Des gars auxquels il ne faut pas raconter d’histoires.

Recueilli par Jean-Pierre Bénard

(*) Boris Bergman : auteur de chansons pour Dalida, Bashung ou les Aphrodite’s child.



Entretien avec le chanteur Richard Gotainer avant son spectacle du 19 mai 2012 au Glenmor, à Carhaix, et publié le 16 mai 2012.